Dans le cadre de la phytopharmacovigilance (1), des signalements portant sur les non-conformités répétées dans les eaux destinées à la consommation humaine dues à certains métabolites du S-métolachlore ont été transmis à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Nombreux dépassements de la limite de qualité

Les Agences régionales de santé ont mis en évidence, depuis quelques années, que le métolachlore ESA et le métolachlore OXA, deux métabolites du métolachlore, figurent parmi les cinq molécules les plus fréquemment à l’origine d’un classement en situation de non-conformité (présence de pesticides à des concentrations supérieures aux limites de qualité).

La surveillance a également mis en évidence, depuis 2019, la présence fréquente d’un autre métabolite, le métolachlore NOA 413173.

Le bilan national de la qualité de l’eau potable vis-à-vis des pesticides pour l’année 2019 montre que le métolachlore ESA est la molécule responsable du plus grand nombre de dépassements de la limite de qualité en France, tant en termes d’unités de distribution qu’en termes de population desservie.

De même, le métolachlore NOA 413173, dont la surveillance dans les eaux destinées à la consommation humaine est assez récente, pourrait avoir des taux de quantification importants et engendrer également des dépassements de la limite de qualité.

Renforcement des plans de surveillance

C’est pourquoi l’Anses préconise entre autres dans un rapport rendu en septembre 2021 de suivre l’évolution de la contamination à travers un renforcement des plans de surveillance, en particulier :

  • D’analyser le paramètre « métolachlore total » plutôt que le S-métolachlore ;
  • De s’assurer du suivi du S-métolachlore et de ses métabolites pertinents (métolachlore ESA et métolachlore NOA 413173). « En particulier pour le métolachlore NOA 413173, il est important d’augmenter sa surveillance dans l’ensemble des eaux environnementales et des eaux destinées à la consommation humaine des territoires où cette substance peut être utilisée », complète l’agence ;
  • D’initier des mesures du métolachlore CGA 368208 et métolachlore CGA 357704 dans les eaux environnementales ;
  • D’approfondir les connaissances sur les relations entre les conditions d’application du S-métolachlore dans les parcelles et les non-conformités dans les eaux souterraines et les eaux brutes (en amont des filières de potabilisation) ;
  • « De compléter la documentation de la question de la contamination des eaux destinées à la consommation humaine par le S-métolachlore et ses métabolites en sollicitant les personnes responsables de la production et distribution de l’eau, afin qu’ils transmettent des informations, voire des données acquises ou produites dans le cadre de leur autosurveillance », ajoute enfin le rapport.
Céline Fricotté

(1) Dispositif de surveillance des effets indésirables des produits phytopharmaceutiques.

(2) La première autorisation des produits contenant du S-métolachlorecette remonte à 1998 (à noter que le métolachlore, utilisé entre 1974 et les années 2000, peut être à l’origine des mêmes métabolites que le S-métolachlore). Les données de vente sur la période allant de 2009 à 2019 situent quasi toujours le S-métolachlore parmi les 10 substances les plus vendues en France. Appliquée principalement entre mars et mai en prélevée de la culture, en particulier contre graminées, cette molécule est utilisée sur tournesol, maïs fourrage, maïs grain, et dans une moins mesure betterave sucrière.