Une association de producteurs de soja au Brésil a qualifié, le mardi 23 novembre 2021, de « protectionnisme déguisé en préoccupation environnementale » la proposition de l’Union européenne d’interdire l’importation de certains produits s’ils contribuent à la déforestation.

Ce projet de législation, présenté par la Commission européenne le 17 novembre 2021, « est un affront à la souveraineté nationale et met l’utilisation du sol autorisée par la loi sur le même plan que la déforestation illégale, qui est déjà punie par la législation brésilienne », a déploré dans un communiqué l’Association brésilienne des producteurs de soja (Aprosoja).

« L’Union européenne doit comprendre qu’elle n’est plus la métropole du monde et que le Brésil est les autres pays d’Amérique du Sud ne sont plus ses colonies. Si les Européens sont si inquiets pour nos forêts, ils pourraient en profiter pour replanter leurs forêts et instituer, comme c’est le cas ici, des zones de protection permanente au sein des propriétés agricoles », a-t-elle insisté. Cette association fait allusion au code des forêts au Brésil, qui oblige chaque agriculteur à préserver « de 20 à 80 % de végétation native » sur ses terres.

> À lire aussi : Pacte vert : la déforestation importée et les sols au menu de l’Europe (17/11/2021)

Réduire la déforestation

Bruxelles a proposé d’interdire dans l’Union européenne l’importation de certains produits, comme le soja, le bœuf ou l’huile de palme, lorsqu’ils contribuent à la déforestation, un projet salué par les ONG environnementales même si elles le jugent encore insuffisant.

Les nouvelles règles s’appliqueraient également au bois, au cacao et au café, ainsi qu’à certains produits dérivés (cuir, ameublement…). Le projet sera débattu l’an prochain par les États membres et eurodéputés. Les entreprises importatrices seraient ainsi tenues de recueillir les données précises du lieu de production, afin de s’assurer que les matières premières commercialisées en Europe ne sont pas issues de terres déboisées après décembre 2020, et n’enfreignent pas les règles du pays producteur.

Cette proposition intervient alors que plusieurs États membres, France en tête, s’opposent à la ratification de l’accord commercial entre l’Union et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), le jugeant incompatible avec l’agenda climatique européen notamment en raison de la déforestation massive en Amazonie.

> À lire aussi : Bovins : Interbev réclame la traçabilité individuelle des viandes importées (17/11/2021)

+ 22 % de déforestation en un an

Le jeudi 25 novembre 2021, les données officielles de l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil ont montré que la déforestation en Amazonie brésilienne a augmenté de près de 22 % en un an. La surface déboisée a dépassé les 13 000 km² sur la période de référence d’août 2020 à juillet 2021, du jamais-vu depuis quinze ans.

C’est la troisième année consécutive que la déforestation progresse depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui fait l’objet de critiques internationales pour avoir affaibli la surveillance environnementale les activités minières ou agricoles dans des zones protégées. Lors de la Cop 26 à Glasgow, le Brésil s’était pourtant engagé à avancer de deux ans, de 2030 à 2028, la date limite pour éliminer la déforestation illégale sur son territoire.

M. S., avec l’AFP