« Ça fait 38 ans que je fais du tournesol. On a toujours eu des oiseaux, […] mais là c’est pire que d’habitude. On a ressemé 13 hectares des 57 hectares initialement implantés », décrit François Beauhaire, salarié sur une exploitation à Nemours (Seine-et-Marne)

L’exploitation sur laquelle travaille François, fait partie des quelques dizaines de fermes suivies par. Xavier Temple, technicien à la coopérative Terre Bocage Gatinais. Sur la quinzaine d’agriculteurs qui cultivent du tournesol, une bonne dizaine a été impactée par les dégâts d’oiseaux sur semis, calcule-t-il.

Sécheresse et impasses phytosanitaires

Si la problématique est loin d’être nouvelle, « elle s’est amplifiée ces dernières années, assure Xavier Temple. Peut-être du fait d’une population d’oiseaux qui augmente. Aussi parce que la culture de tournesol s’est récemment développée avec la conjoncture. Mais également à cause du retrait de certaines substances actives qui aidaient à protéger les cultures », estime-t-il.

À lire aussi : Semis, le tournesol et le soja gagnent du terrain face au maïs (10/05/2022)

Autre handicap, la sécheresse des sols. Elle complique la levée des cultures, allongeant ainsi la période critique pendant laquelle les oiseaux, corbeaux et pigeons notamment, se nourrissent des graines ou des jeunes pousses, ajoute Damuel Deligand, agriculteur à Vallery (Yonne).

Ressemer ou laisser tel quel ?

« Pour ressemer du tournesol, il faut compter environ cent euros par hectare, juste pour la semence, indique Xavier Temple. Sachant qu’en semant plus tard, le rendement risque d’être affecté. La récolte est décalée, potentiellement plus humide, avec des frais de séchage et d’organisation supplémentaires. Les oiseaux peuvent revenir sur les nouveaux semis. Et avec la sécheresse, difficile de savoir si la culture va lever. »

À lire aussi : La sécheresse affecte les céréales d’hiver (11/05/2022)

Pour toutes ces raisons, Damuel Deligand a fait le choix de ne pas ressemer, même si « c’est une catastrophe en tournesol, comme en maïs », raconte-t-il. François Beauhaire a, quant à lui, fait le pari. Pour un semis à 75 000 pieds à l’hectare, « on commence à hésiter à ressemer à 35 000, explique-t-il. Là où on l’a fait, il restait peut-être 10 000 pieds. Par endroits, on voyait des vols de 150 pigeons, facilement. Quand ils se posent, ils raflent tout. »

13 des 57 ha de tournesol cultivés sur l’exploitation où travaille François Beauhaire ont été ressemés. © François Beauhaire

Certaines cultures remises en cause

Effarouchement en tout genre, tour des parcelles, effacement des lignes de semis, chasse… Tous les moyens de lutte semblent inefficaces, en plus d’être chronophages. Les oiseaux finissent inlassablement par s’habituer, constatent François et Damuel.

À lire aussi : Moyens de lutte, prévenir les dégâts d’oiseaux sur tournesol et maïs (17/03/2021)

« On a des soucis sur les pois avec les pigeons, on a des soucis sur le maïs et le tournesol et avec les corbeaux et les pigeons, ça devient un vrai problème. [Les agriculteurs vont finir] par limiter certaines cultures à cause de ces phénomènes-là », alerte Xavier Temple.

À lire aussi : Dégâts aux cultures, dans l’attente d’une véritable régulation des choucas des tours (17/08/2021)

Raphaëlle Borget
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Les cours du colza oscillent

Après un repli à la clôture mardi 5 juillet 2022 sur Euronext, les prix du colza se reprennent à l’ouverture du marché mercredi 6.