« À la fin de janvier, alors que le coronavirus semblait encore lointain pour les économistes, la Chine (85 % des débouchés à l’exportation de fibres de lin) imposait un confinement dur qui allait mettre l’ensemble de l’économie et ses filatures quasiment à l’arrêt », rappelle le Cipalin dans un communiqué paru le 7 mai 2020. Par ailleurs, l’Inde, le deuxième débouché extra-européen de fibres de lin, « continue à adopter un confinement strict sur une partie de son territoire au moins jusqu’au 17 mai ».

Reprise de 30 % de l’activité

Dans ce contexte, les 22 teillages français ont toutefois repris leur activité progressivement depuis le 27 avril, à hauteur de 30 %. « Ce rythme pourrait perdurer jusqu’aux congés d’été en l’absence de signaux positifs de demande sur le marché », signale le Cipalin.

Cette reprise permet notamment de transformer « très partiellement les pailles des liniculteurs, d’approvisionner les marchés de coproduits (anas, graines) et d’accompagner une éventuelle reprise de demande en fibres, grâce aux stocks de paille et de fibres préexistants. »

Seulement un tiers de la récolte de 2019 a été transformé

Toutefois, le Comité interprofessionnel alerte sur le fait que la transformation de la récolte

de 2019 accuse un retard important. « En moyenne, dans les teillages, un tiers seulement de la récolte était transformé à la fin du mois de mars 2020 », chiffre le Cipalin. Conséquence : les besoins de stockage de paille dans les exploitations agricoles et de stockage des fibres en teillage seront « inédits et très importants ».

Ce report massif de paille implique une « baisse brutale des acomptes et des recettes dès cette année », souligne le Cipalin. Et d’ajouter : « Pour la future récolte de 2020, les prévisions anticipent un stockage à la ferme au-delà de l’automne 2022. »

Surface moyenne divisée par deux ou trois en 2021

Ainsi, le Cipalin table en 2021 sur une surface moyenne divisée par deux ou trois, tenant en compte la moyenne de trois années de référence entre 2016 et 2019. « Ce mode de calcul laisse ainsi à chaque liniculteur et à chaque teillage la possibilité d’adapter la réduction des surfaces aux spécificités des exploitations et des départements liniers (1) », souligne le comité interprofessionnel.

« En plaine, les semis sont terminés. La préoccupation des liniculteurs se porte sur les assolements de 2021 et donc l’anticipation de leur revenu, confirme Frédéric Ley, délégué de section Nord de l’AGPL, Association générale des producteurs de lin, et président du Syndicat des producteurs de lin du Nord. Compte tenu des indicateurs économiques mondiaux du marché du lin au rouge, une très forte diminution des emblavements de lin est incontournable. »

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Accompagnement

Pour le Cipalin, « l’accompagnement de l’AGPL est plus que jamais déterminant pour traverser cette période de turbulences ». « Avec 2 récoltes de paille de lin à stocker en ferme et des surfaces de lin réduites d’au moins 50 % en 2021, cette crise impacte dès aujourd’hui les revenus des liniculteurs, confirme Bertrand Gomart, président de l’AGPL. Nous incitons d’ores et déjà les producteurs à étudier avec leur banquier l’ouverture d’un dossier individuel pour la gestion de leur trésorerie. »

Retour à la normale d’ici à 18, voire 36 mois

Et le Comité interprofessionnel de conclure : « La filière reste confiante sur un retour à la normale du marché de consommation finale, à moyen terme (18 à 36 mois). Par le Cipalin, elle réaffirme sa détermination intacte à soutenir la recherche et le développement agricoles délégués à Arvalis-Institut du végétal ainsi que le développement de ses marchés confié à la CELC, Confédération européenne du lin et du chanvre. »

I.E.

(1) Calvados, Eure, Eure-et-Loir, Marne, Nord, Oise, Orne, Pas-de-Calais, Seine-Maritime, Seine-et-Marne, Yvelines, Somme, Val-d’Oise