Dans un rapport de juillet 2020, publié le 11 décembre dernier, sur les relations entre l’eau et l’agriculture dans le contexte du changement climatique, le CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) et le CGEDD (Conseil général de l’environnement et du développement durable) ont exploré les voies et les moyens d’adaptation de l’agriculture d’ici à 2050. Ils ont rendu leur rapport aux deux ministères concernés le 17 décembre 2020.

Cette mission, confiée aux deux organismes par le ministère de la Transition écologique et le ministère de l’Agriculture en mars 2019, a intégré les projections climatiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ces dernières prévoient dans le futur « des tensions plus fortes en matière d’accès à la ressource et de partage de l’eau entre ses usagers. »

Sept grandes recommandations

Les auteurs considèrent que « la réponse au changement climatique nécessite un changement de modèle agricole, plus économe en eau et protecteur des sols ». Ils sont par ailleurs « favorables, partout où cela est possible, au renforcement de la ressource en eau pour l’irrigation, dans le respect du renouvellement de la ressource et du bon état des milieux. ».

Pour ce faire, la mission propose sept grandes recommandations, déclinées en feuille de route de 23 sous-recommandations :

  • Accélérer la transformation de l’agriculture pour faire face au changement climatique. Trois axes d’intervention prioritaires sont proposés : faire évoluer plus massivement l’agriculture vers l’agroécologie, actionner un ensemble de leviers constituant un « panier de solutions » propre à chaque territoire et mobiliser les aides de la Pac, complétées le cas échéant par des fonds régionaux, avec des contrats de « conversion climatique » et des aides à la couverture du risque de mutation, au profit des agriculteurs qui s’y engagent.
  • Faire des sols le socle de la stratégie de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. « Il apparaît essentiel de proposer dès maintenant une politique nationale ambitieuse en faveur des sols, première infrastructure naturelle de stockage de l’eau », considèrent les auteurs du rapport. Selon eux, il faut promouvoir les pratiques de conservation des sols, mettre en place des soutiens financiers pour favoriser la séquestration du carbone dans les sols et intégrer plus fortement l’agriculture dans les documents d’urbanisme et promouvoir des « aménagements climatiques » dans les territoires.
  • Concevoir et mettre en place l’irrigation de demain : vers une irrigation « de résilience ». Elle prône également « la transition vers une irrigation « de résilience », plus économe en eau et visant la stabilité des productions dans un contexte climatique fluctuant plutôt que leur maximisation ». Pour cela, les rapporteurs prônent une mobilisation de la recherche, du développement agricole et des coopératives, ainsi que la mise en place d’aides publiques (subventions ou fonds de garantie) pour généraliser le déploiement des outils d’optimisation de l’irrigation (OAD, pilotage de l’irrigation…) et couvrir la prise de risque liée à l’introduction de cultures et/ou pratiques d’irrigation plus économes en eau.
  • Mettre en place les conditions d’un renforcement acceptable de la ressource en eau pour l’agriculture. Pour la mission, il faut privilégier, notamment par des « financements incitatifs et un accompagnement adapté », les retenues de substitution, les démarches de gestion collective de l’eau ou en développant les techniques innovantes de réutilisation des eaux usées traitées ou de recharge de nappes
  • Dynamiser une gouvernance territoriale pour la gestion de l’eau. La mission propose également de redynamiser la gestion territoriale de l’eau en renforçant l’efficacité des projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) et en élargissant les possibilités des collectivités d’assurer le portage de ces démarches et de la maîtrise d’ouvrage d’infrastructures liées à l’eau.
  • Connecter plus fortement la recherche, le développement et les agriculteurs et filières confrontés au changement climatique. Selon les rapporteurs, il est nécessaire d’avoir une « meilleure connexion de la recherche avec les agriculteurs innovants ainsi qu’avec les filières » et d’avoir un renouvellement du développement agricole pour réussir la massification de la transformation agricole.
  • Porter un discours commun entre les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement sur l’eau et l’agriculture. Ce discours commun doit se faire en direction des acteurs de l’eau, agricoles ou non, comme des consommateurs.

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Isabelle Escoffier