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La fin de la castration porcine à vif sème le trouble

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Filière - La fin de la castration porcine à vif sème le trouble
Selon l’Institut du porc, la production de mâles entiers entraîne une réduction des charges alimentaires et de main-d’œuvre en élevage. © Sébastien Champion

Pour les éleveurs, la production de mâles entiers présente tous les avantages techniques et économiques. Mais le secteur de l’abattage-découpe entend bien conserver une large part de porcs castrés, qui engendrent des coûts supplémentaires à la production.

La castration à vif des porcelets est interdite depuis le 1er janvier 2022. C’était l’une des mesures phares du plan gouvernemental pour la protection et l’amélioration du bien-être animal, présenté le 28 janvier 2020 par Didier Guillaume, alors ministre de l’Agriculture.

Les conditions dans lesquelles la castration peut être pratiquée « à d’autres fins que thérapeutiques ou de diagnostic » ont été précisées par un arrêté ministériel le 17 novembre 2021. Le texte indique également que l’acte sera conditionné « soit à l’existence d’un signe de qualité, soit à la signature d’un contrat Egalim 2 qui garantit la prise en compte des coûts de production ».

Pour les éleveurs, trois options sont sur la table :

  • cesser la castration en produisant des mâles entiers
  • castrer avec prise en charge de la douleur
  • pratiquer l’immunocastration (1).

« Diktat de l’aval »

Ne plus castrer apparaît comme la solution la plus avantageuse. « Un mâle castré sous anesthésie représente un surcoût de production de 10 € par rapport à un mâle entier ; 8 € sont imputables aux moindres performances techniques, auxquels il faut ajouter 2 € pour l’anesthésie », avance Jean-Jacques Riou, ancien président de l’association « Bien-être porcin ». Ce collectif d’éleveurs, ayant défendu pendant deux ans la généralisation du mâle entier, a annoncé sa dissolution le 30 décembre 2021.

« Pour nous, l’arrêté ministériel a été un échec total, regrette Jean-Jacques Riou. Nous souhaitions qu’il ne se limite pas à la description des méthodes de gestion de la douleur, mais qu’il considère la castration comme dérogatoire. Cela n’a pas été le cas. » L’éleveur appelle ses pairs à « solliciter tous les responsables professionnels et de groupements pour continuer le combat et ne pas céder au diktat de l’aval de notre filière ».

Car les acteurs de l’abattage-découpe ne veulent pas faire la part belle aux mâles entiers. Le 8 décembre, Culture Viande affirme qu’après le 1er janvier 2022, les carcasses de porcs non castrés resteront pénalisées à hauteur de 23 centimes par kilo (2), conformément à la grille de qualité qui prévalait jusqu’alors. « Les distributeurs qui ont expérimenté le mâle entier se sont plaints d’une viande beaucoup trop maigre, justifie Paul Rouche, directeur de Culture Viande. On doit proposer un produit qui répond à la demande. »

Afin de prendre en charge le coût de la castration sous anesthésie, le syndicat propose aux abattoirs « d’acquitter aux éleveurs une plus-value de 2 centimes par kilo ». Un boni bien en deçà des 13 centimes demandés par la Fédération nationale porcine.

« Ne pas créer de distorsions entre éleveurs »

De leur côté, les organisations de producteurs (OP) comptent malgré tout poursuivre les pourparlers avec les abatteurs pour obtenir des centimes supplémentaires. Car ce sont elles qui, en tant que premiers acheteurs, doivent nouer le contrat Egalim 2 avec les éleveurs pratiquant la castration avec anesthésie.

« L’enjeu est de ne pas créer de distorsions entre producteurs de mâles entiers et castrés, appuie Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne. Les discussions se poursuivront au-delà de l’échéance du 1er janvier 2022. Nous prendrons tout le temps nécessaire pour bien négocier. »

Le 30 décembre, l’Association d’organisations de producteurs Porc Grand Ouest (3) a ainsi conclu son premier accord sur les modalités de valorisation des mâles castrés et entiers avec le groupe Kermené, filiale du distributeur E. Leclerc. Ni volumes, ni prix n’ont été dévoilés, « afin de ne pas impacter les autres discussions en cours », indique un responsable de l’amont.

Pour l’heure, les porcs entiers représentent environ 25 % des mâles abattus en France, essentiellement produits par le groupe Cooperl. « On peut s’attendre à 5 % supplémentaires après le 1er janvier 2022, mais guère plus », avance Paul Rouche. Pourtant, le potentiel serait bien supérieur.

Selon Bernard Vallat, président de la Fédération française des industriels, charcutiers et traiteurs (Fict) – dont les membres transforment plus de 75 % de la production porcine française –, « la répartition peut s’établir à parts égales entre mâles entiers et castrés pour satisfaire nos besoins ». Mais la Fict prévient : un développement excessif du porc mâle entier pourrait pousser les artisans et les entreprises de charcuterie à importer de la viande de mâles castrés.

Repérer les carcasses à problème

Car outre sa faible teneur en gras, la viande de mâle entier présente le risque de dégager l’odeur de verrat. Un dispositif est nécessaire en abattoir afin de détecter les éventuelles carcasses à problème. Pour ce faire, l’association Uniporc Ouest, qui assure déjà la pesée et le classement des carcasses au sein de 24 abattoirs dans 8 régions, a mis au point la procédure Sanmalo (pour « sans mâles odorants »). Elle repose sur l’utilisation de nez humains.

« Une mise à disposition par l’abattoir d’opérateurs sélectionnés et formés est nécessaire, explique Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc. C’est la principale source de coûts. Viennent ensuite les analyses chimiques et le logiciel informatique. » Soit au total près de 38 centimes par carcasse, financés par un forfait appelé auprès des éleveurs de mâles entiers. Deux à trois mois sont nécessaires pour mettre en place le protocole Sanmalo. « Pour l’instant, les abattoirs restent discrets sur leurs intentions », confie le directeur d’Uniporc.

Du côté de la cotation du porc français au Marché du porc breton (MPB), « le prix de base sera le même pour tout le monde, atteste Pascal Le Duot, qui dirige également le cadran de Plérin. S’appliqueront ensuite les plus-values ou les pénalités, selon ce qui aura été discuté entre les abattoirs et leurs fournisseurs. »

Vincent Guyot

(1) Lire La France Agricole n° 3931, page 43.

(2) Sur la base d’un taux de muscle de 56 %.

(3) Reconnue depuis septembre 2021, elle fédère 10 OP porcines.

Deux formations obligatoires pour continuer de castrer

Pour réaliser eux-mêmes la prise en charge de la douleur, les éleveurs qui poursuivent la castration et leurs salariés doivent valider deux modules de formation.

Le premier, à vocation théorique, doit être réalisé sur internet. Il peut être suivi « soit avec le vétérinaire en présentiel, en groupe ou en individuel », précise le ministère de l’Agriculture, dans une instruction technique publiée le 19 novembre. Cette formation a été développée par l’Ifip, avec le concours de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV). Elle vise à « enseigner les gestes techniques liés à l’acte de castration et à l’administration des anesthésiques et analgésiques » et « rappeler les règles d’usage des médicaments vétérinaires ». Disponible depuis le 1er décembre 2021, ce premier module doit obligatoirement être validé avant la réalisation du premier chantier de castration sous anesthésie locale et analgésie. Il fera l’objet d’une attestation individuelle.

Le second module doit être réalisé dans les six mois suivant le premier. Il s’agit cette fois d’une formation pratique, sur site, dont les modalités restent à définir. Les détenteurs de porcs et leurs salariés, en activité au 1er janvier 2022, « doivent avoir suivi la formation pratique sur site après avoir suivi le module théorique, et au plus tard le 31 décembre 2022 », indique le ministère.

Pour compléter ces formations, un centre de ressources (1) est en libre accès sur internet.

(1) https://ifip.asso.fr/centre-de-ressources-castrabea/

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Commenter cet article 1 commentaires
FRANCOIS DENIEUL

Un point jamais évoqué avec les mâles entiers: augmentation de la mortalité en engraissement du fait de comportements plus agressifs de ces mâles.
C'est là que l'on voit que la notion de bien être est subjectif.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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