« Les traitements vétérinaires font l’objet d’un enregistrement réglementaire dans le carnet sanitaire mais peu d’informations sont disponibles sur la saisie et la valorisation de ces données », soulève l’Institut de l’élevage (Idele). Afin de disposer de références techniques sur leur utilisation réelle en élevage, l’interprofession du bétail et des viandes a initié en 2019 le projet Sacomte. Il vise à préparer la mise en place d’un outil fiable et dématérialisé d’appréciation des usages d’antibiotiques pour les jeunes bovins allaitants de moins de 24 mois. « À terme, le dispositif devrait permettre de suivre l’ensemble des usages de médicaments vétérinaires dans la filière bovin viande, et plus spécifiquement, les vaccins administrés aux broutards en prévention des maladies respiratoires », projette l’Idele, en charge du projet.

Carnet informatisé

Un premier volet a consisté à recueillir les pratiques des éleveurs quant à la tenue du carnet sanitaire. Une enquête, conduite fin 2019, a également permis de recenser leurs attentes au sujet de la dématérialisation. Au total, 262 réponses ont été collectées à l’échelle nationale. D’après les résultats, « seuls 28 % des éleveurs sondés se servaient alors d’un outil informatisé pour la saisie des traitements vétérinaires, informe Eric Royer, ancien chef de projet à l’Idele. Pourtant, 70 % d’entre eux sont équipés d’un logiciel d’élevage. »

Les utilisateurs d’un carnet sanitaire dématérialisé mentionnent comme avantage la consultation aisée et rapide des informations. Plus de la moitié affirme gagner en sérénité en cas de visite de contrôle. Cependant, l’ergonomie du logiciel peut être un point à améliorer. « En outre, 38 % des éleveurs sont actuellement non-utilisateurs mais seraient prêts à franchir le cap à condition que la saisie et la consultation des données soient intuitives et peu chronophages », reprend l’expert. La proposition de tarifs adaptés pour activer l’option sanitaire du logiciel serait aussi la bienvenue. Pour l’Idele, c’est une opportunité à saisir pour renforcer la prise en main du carnet sanitaire informatisé par les éleveurs, et faciliter le suivi et l’analyse avec le vétérinaire ou le conseiller d’élevage.

Harmoniser les indicateurs

Une autre phase exploratoire, qui a pris fin en 2021, a conduit au recueil de données sanitaires réelles dans sept élevages naisseurs ou naisseurs-engraisseurs. « Les fichiers par exploitation ont été anonymisés puis adressés à l’Anses pour le calcul de différents indicateurs d’usage des antibiotiques », détaille l’Institut. Dans le même temps, un état des lieux a été réalisé pour répertorier l’ensemble des fonctionnalités des logiciels métier utilisés en filière allaitante. « Ce travail a permis d’élaborer un guide pour l’harmonisation du recueil des données sanitaires, en vue de la mise en place du système d’information Sacomte », évoque Eric Royer.

Pour que le dispositif aboutisse, « l’analyse et l’amélioration de la santé du troupeau grâce à des indicateurs d’usage des traitements communs à tous les éleveurs allaitants, ainsi que la garantie de l’anonymat apparaissent comme deux conditions essentielles », ajoute l’Idele.