En 2017, Christian Bausch et quatre collègues agriculteurs lorrains se lancent dans l’aventure de la méthanisation. Un projet né « un peu par hasard ». « La Sous-préfecture près de chez nous souhaitait construire un écoquartier, et recherchait une énergie renouvelable pour l’alimenter, raconte-t-il. Ça a été l’élément déclencheur de notre projet. L’écoquartier n’existe pas aujourd’hui, mais cela ne nous a pas empêchés d’injecter du gaz dans le réseau GRDF, depuis le 23 septembre 2020. »

75 % de l’unité est alimentée par de l’effluent d’élevage provenant des cinq exploitations du groupe et de cinq autres fermes apporteuses. A cela s'ajoute de la matière végétale : du seigle en tant que CIVE (1) et du sorgho. Par choix, ils n’ont pas voulu y mettre de maïs. « Nous sommes quatre éleveurs dans le groupe, qui cultivons du maïs pour leur troupeau. Nous ne voulions pas de concurrence entre l’alimentation du bétail et la méthanisation, explique-t-il. Nous voulions par ailleurs réduire l’utilisation de phytos sur nos exploitations, et le seigle répondait bien à cet objectif. »

 La méthanisation a ainsi poussé le polyculteur-éleveur à revoir son système. Sa rotation colza – blé – pois de printemps ou maïs – tournesol – blé et orge d’hiver laisse place à une rotation blé – colza – double culture seigle/sorgho – maïs ou tournesol.

Réduction des intrants

Le vulpin est la principale problématique de l’exploitation de Christian Bausch. Grâce à sa nouvelle rotation, il a réduit de 25 % ses charges phytos. Le seigle n’est pas désherbé chimiquement, et a l’avantage d’être une culture couvrante et plus étouffante qu’un blé. « J’utilise la herse étrille pour maîtriser le vulpin dans le seigle. Et, étant donné que je l’ensile, même s’il y a cette mauvaise herbe dans la parcelle, je ne le resème pas, rapporte-t-il. Le sorgho suivi d’une culture de printemps provoque de plus une double rupture dans le cycle du vulpin. » La proportion de colza a par ailleurs diminué au profit du tournesol qui est biné, tout comme le sorgho. « Un cinquième de ma sole est désormais en zéro phyto, résume l’agriculteur. Mes blés sont également plus propres. »

Ses charges en azote ont-elles aussi diminué de 25 %. Par la rotation d’une part, le seigle nécessitant par exemple 100 unités d’azote, et grâce au digestat d’autre part. L’unité de méthanisation en produit 24 000 tonnes par an, qui sont réparties entre les cinq exploitations des agriculteurs du groupe, et les cinq apporteuses de fumier. Christian Bausch en épand sur son exploitation au printemps, en pleine culture sur blé et seigle, avant les semis de maïs, tournesol et sorgho, ainsi qu’un peu avant les semis de colza.

La première année, le groupe a fait appel à un prestataire pour l’épandage. « Cela se passait bien, mais il était très demandé. Cela obligeait parfois à épandre dans de mauvaises conditions.» Pour gagner en autonomie et en réactivité, et limiter le tassement des sols, le groupe a finalement investi dans un automoteur équipé d’une rampe à patin.

(1) Culture intermédiaire à vocation énergétique.