« Depuis que j’ai appris à réparer les fuites d’eau et à manier une perceuse, je me débrouille seule pour dépanner ou fixer un abreuvoir. Plus besoin d’attendre que mon conjoint trouve un moment pour le faire », affirme Monelle Penglaou, 43 ans, productrice de lait à Quimperlé (Finistère). Elle a suivi une formation liée aux réparations avec son groupe féminin Res’Agri Aven Laïta, auquel elle adhère depuis dix ans. L’année dernière, le thème portait sur la santé du veau. Cette année, le fil rouge est la gestion administrative et la dématérialisation des factures. Le groupe réunit huit femmes, sept productrices de lait et une éleveuse de porcs du secteur de Quimperlé. Elles se voient quatre fois par an pour des rencontres techniques. « Nous décidons des thèmes en fonction de nos envies et de nos besoins », poursuit Monelle, coresponsable du groupe. En complément, deux journées conviviales rythment l’année avec visites et restaurants.
Libérer la parole
Ce groupe s’inscrit dans la longue histoire des GVAF (groupes de vulgarisation agricole féminin) nés dans les années cinquante. Aujourd’hui, il ne reste plus que trois groupes de ce type dans le Finistère, fédérés au niveau départemental au sein de « Agriculture au féminin » (lire l'encadré). « Ces groupes visent avant tout la montée en compétences », souligne Julie Brémond, l’animatrice du collectif. « L’échange entre pairs est un formidable accélérateur de progrès : lors du cycle sur la santé du veau, les discussions ont porté sur les postures, le choix des tétines ou encore l’organisation du travail. Chaque thème suscite des questions et des partages d’astuces », poursuit-elle. Le choix d’un groupe non mixte n’est pas une exclusion des hommes, mais une condition pour libérer la parole. « Sans regard masculin, les freins tombent. Les agricultrices osent davantage, sans peur du jugement », confirme l’animatrice. Ainsi, même si elle est la seule en production porcine, Virginie y trouve un espace de parole avec des femmes qui comprennent ses préoccupations.
À l’heure des réseaux sociaux et de l’internet, ces femmes ne sont pas isolées. Elles sont toutes impliquées dans des associations (école, sport…) ou des réseaux professionnels, mais elles ressentent le besoin de se retrouver entre agricultrices. « Elles agissent et avancent portées par la solidarité et l’envie de progresser », conclut Julie Brémond.