C’est en voyant ces machines dans leurs milieux naturels que Romain Buran a eu l’idée d’investir dans une dameuse pour l’utiliser sur sa ferme. Ce céréalier, à la tête de 300 hectares dans le nord du Médoc (Gironde), possède un contexte pédologique particulier. « La majorité de mes terres sont des polders gagnés sur l’estuaire de la Gironde. Ce sont de bonnes terres, mais avec des pourcentages d’argile très élevés. Il faut savoir les travailler, insiste l’agriculteur. En conditions humides, chaque passage de roues peut être problématique. »

La récolte et une partie des semis sont réalisées avec des engins chenillés. Romain souhaitait appliquer cette technique lors des interventions les plus critiques, et notamment les apports d’engrais solide en sortie d’hiver. « Jusqu’ici, je faisais comme je pouvais, mais il arrivait que je fasse des impasses », concède le céréalier. Pour trouver une machine, il s’est tourné vers la société Miramon, spécialisée dans le reconditionnement des dameuses.

400 heures d’atelier

« Les tarifs pour un modèle clé en main étaient trop élevés pour moi. J’en ai choisi une qui sortait de station. Je l’ai achetée moins cher, autour de 10 000 €. Mais j’ai surtout pu la modifier comme je le désirais. » C’est ainsi qu’en décembre 2022, Romain a investi dans une Pisten Bully 600, une dameuse de presque 600 ch, qui affiche alors 10 000 heures au compteur. À peine la machine débarquée en Gironde, Romain commence par réduire la largeur de ses chenilles. « Je les ai passées de 1,5 m à 1 m de largeur. Les modèles transformés pour l’agricole sont majoritairement en 70 cm. En restant en 1 mètre, je gagne 50 % de surface en plus et je reste à 3 m de largeur. C’est un bon ratio compaction/gabarit. »

Les barrettes en aluminium des chenilles ont été modifiées une par une pour adopter un profil plat. (©  Pierre Peeters/GFA)

Le bricoleur a ensuite démonté et modifié une par une les barres en aluminium présentes sur les chenilles. « J’ai revu leur forme en supprimant la grande lame et en la remplaçant par une barrette ronde en aluminium. Je garde ainsi de la traction sans abîmer le sol. » Le revers de la médaille, c’est la fragilité de l’alu. Sur ce point, Romain est intransigeant « Chez nous, la machine ne circule que dans la terre, et ici, il n’y a pas de cailloux. » Pour se rendre sur ses parcelles, Romain utilise systématiquement un porte-engin, déjà présent sur l’exploitation.

Différents travaux

Pour installer son distributeur à engrais sur sa dameuse, Romain a construit un châssis spécial avec des crochets d’attelage. « Mon distributeur reçoit un système de pesage sur l’attelage. Il doit être porté et non posé pour que cela fonctionne. » L’entraînement de ce distributeur étant hydraulique, Romain a installé deux branchements sur la machine. « Il y avait déjà un pompage continu pour la fraise. De plus, le circuit est en load-sensing. » Pour augmenter la polyvalence de la machine, le bricoleur a installé un relevage hydraulique à trois points à l’arrière, en lieu et place de la fraise et de son support.

La principale activité est l'apport d'engrais solide avec un distributeur centrifuge. (©  Romain Buran)

Cette dameuse réalise environ 200 heures par an, mais seulement la moitié le sont avec le distributeur à engrais. « Je réalise un peu de prestations de service avec le distributeur mais je voulais surtout cette dameuse pour mon exploitation. » En effet, l’engin est utilisé pour rouler une grande partie des semis. Il est alors attelé à un rouleau Cambridge de 12 m de largeur. « C’est vraiment le top pour rouler, il n’y a aucune trace de roues. » Avec ce relevage hydraulique, Romain a également tenté de préparer les terres à l’aide d’un vibroculteur porté. « Ça va plutôt bien, mais l’outil porté ajoute du poids sur l’arrière de la machine et je perds l’intérêt de la chenille. » Si, pour le moment, la Pisten Bully n’est plus utilisée à cette tâche, Romain n’écarte pas l’idée de modifier le vibroculteur pour qu’il devienne traîné et ainsi retenter l’expérience.

Un relevage à trois points a été monté à l'arrière. La machine peut tirer et porter des outils. (©  Romain Buran)

Isobus et autoguidée

Pour optimiser ses chantiers, l’agriculteur a aussi installé un autoguidage. « J’ai adapté un système avec un moteur électrique et un petit volant. » Cette machine, qui tourne par ripage, possède un volant qu’il faut manipuler avec souplesse et précision. « Le vendeur ne voulait pas y croire ! J’ai monté le kit moi-même puis il est venu le calibrer et ça fonctionne très bien. » Romain a aussi installé un raccord Isobus pour le terminal du distributeur. Celui-ci est notamment équipé de coupure de sections. Ainsi, l’agriculteur réalise un travail aussi précis qu’avec un tracteur, mais en tassant beaucoup moins. « C’est confortable à conduire », nous confirme son propriétaire, pour qui le seul bémol de cette grande cabine vitrée, c’est finalement l’absence de climatisation.

En cabine, la machine reçoit un autoguidage et le terminal du distributeur. (©  Pierre Peeters/GFA)