Investir pour maintenir un outil transmissible ou finir sa carrière avec une structure en bout de course ? À 54 ans, Yvan Fourré, éleveur de porcs en système naisseur-engraisseur avec 330 truies dans le bocage de la Manche, a choisi la première option. Pour ce farouche partisan du maintien de la production porcine en France (lire l’encadré), l’éventualité d’installer son fils a pesé dans la balance, ainsi que la perspective de retrouver du dynamisme et d’améliorer les conditions de travail.

L’éventualité d’installer son fils

Ce choix d’investir en dernière partie de carrière n’a pourtant pas été celui de la simplicité. Il a nécessité une profonde remise en cause du système d’exploitation. « Quand je me suis installé en 1986, j’ai démarré l’atelier porcin aux côtés de l’atelier laitier préexistant de mes parents, retrace l’éleveur. Mais, trente ans après, devant la nécessité d’investir, il a fallu faire des choix. La seule modernisation de l’atelier­ porcin a mobilisé 800 000 euros qui représentent chaque année 90 000 euros d’annuités. Il n’était donc pas possible de le faire dans les deux élevages. Il fallait se restructurer. » C’est ainsi que la cessation laitière est actée en 2016. Le nouveau bâtiment porcin entrera, quant à lui, en service en 2017, sans interruption de la production.

Ce projet a été pour l’éleveur l’occasion d’améliorer les conditions de travail des employés et des exploitants. Le bâtiment est plus spacieux. Un robot de lavage assure le nettoyage des salles. « Nous avons aussi construit une salle de vaccination des porcelets avec une fosse pour être à hauteur. La pérennité de l’atelier passe par un outil qui donne envie de travailler et qui répond aux attentes actuelles et futures sur le bien-être et la santé au travail », insiste l’agriculteur.

Davantage de porcelets par truie

Pour être amorti, l’investissement devait aussi permettre d’améliorer les résultats techniques. La conception des cases de truies en maternité a, entre autres, été un point clé. Yvan Fourré s’est en effet tourné vers des cages balances, qui font ascenseur dès que la truie se lève. Les porcelets sont ainsi protégés de l’étouffement. « L’astreinte de surveillance est considérablement réduite, se félicite l’éleveur. De plus, nous sommes passés de 12 à 14 porcelets sevrés par truie. » En conséquence, les places à l’engraissement se sont rapidement avérées insuffisantes. L’exploitant fait ainsi engraisser ses porcs excédentaires à façon.

La nouvelle organisation de l’élevage a également permis des avancées sur le plan sanitaire. Yvan Fourré produit désormais du porc sans antibiotiques. Il étudie la possibilité d’entrer dans une filière et de participer à la montée en gamme de la production à laquelle il croit tant. L’ambiance dans les bâtiments a été pensée avec davantage de volumes d’air. La problématique du SDRP (1), préexistante dans la ferme, ne se fait plus sentir.

Conduite sans antibiotiques

L’éleveur a aussi anticipé d’éventuelles nouvelles exigences en matière d’environnement. Les flux d’air ont été repensés dans l’éventualité de l’installation d’un système de lavage d’air pour limiter le rejet d’odeurs. Le dispositif d’alimentation est quant à lui informatisé, beaucoup plus précis, et permet d’améliorer la croissance et l’indice de consommation.

Aujourd’hui, Yvan Fourré a encore plusieurs projets en tête. Face aux risques sanitaires liés à la fièvre porcine africaine, l’exploitant compte sécuriser l’élevage par une barrière grillagée pour encore plus de protection vis-à-vis de la faune sauvage. « C’est le seul moyen pour continuer à exporter si la France devait ne plus être considérée comme pays indemne », explique-t-il.

Alexis Dufumier

(1) Syndrome dysgénésique et respiratoire du porc.