La ferme Dephy de l’EARL Mauchen, à Grussenheim (Haut-Rhin), a beaucoup évolué. Il y a quinze ans, elle était à 95 % en monoculture de maïs. Puis, en 2005, des quotas betteraviers sont achetés et le blé tendre investit quelques hectares. Lorsque Frédéric Seiler reprend l’exploitation en 2014, il poursuit les changements que son père, Jean-Louis, a commencés. Il multiplie également les stratégies lui permettant d’une part, d’exploiter le potentiel de l’ensemble des terres, notamment les moins bonnes d’entre elles, et d’autre part, de limiter les coûts, en repensant la manière de traiter, entre autres.

Sur la zone la plus inondable, située à proximité de la rivière l’Ill, le trentenaire a, par exemple, semé du colza en août 2018 (35 q/ha) : « Il n’y en avait pas eu sur l’exploitation depuis vingt-cinq ans ! Sur cette parcelle, non rentable pour le maïs car elle offre moins de 100 q/ha, j’ai opté pour une culture opportuniste dont l’implantation et l’entretien ne me reviennent pas cher. » Même raisonnement pour les terres les plus éloignées (dont certaines à plus de 20 km du corps de ferme) qu’il n’est pas possible d’irriguer, une condition indispensable pour atteindre les 140 q/ha escomptés en maïs.

« Le colza, tout comme le blé dur, offre en outre d’allonger la rotation alors que la betterave sucrière est en perte de vitesse et que le maïs souffre des basses eaux du Rhin ainsi que de la pression accrue en chrysomèle », poursuit l’agriculteur. Et d’ajouter : « Le blé dur est une culture d’hiver qui rapporte. Il est implanté dans des parcelles où se succèdent des cultures de printemps depuis des années, lesquelles occasionnent 350 €/ha de frais fixes pour l’irrigation. Il rompt aussi le cycle des ravageurs et des adventices comme le liseron. »

La moutarde alimentaire fait son entrée dans l’assolement en 2019, grâce à un contrat signé avec Alélor, une entreprise installée près de Haguenau (Bas-Rhin). « Si je suis l’itinéraire hyperintensif, il n’y a pas grand-chose à gagner. En revanche, la faible pression des insectes sur les crucifères ne m’oblige pas à traiter. Je vise 15-20 q/ha à 940 €/t.»

Éviter les traitements

D’ailleurs, pour se garder potentiellement d’employer les insecticides sur colza, Frédéric le sème en association à un mélange de lentilles, trèfle blanc, lin et fenugrec. « J’incorpore aussi 17 % de colza hyperprécoce, car j’aimerais m’abstenir de traiter contre les méligèthes au printemps prochain. »

Idem pour les limaces, qui ont peu de chances de croiser du métaldéhyde. « Je les piège, effectue des comptages et n’applique des phytos qu’en situation d’absolue nécessité. » En blé, le traitement contre la septoriose se fait « à vue » en cas d’impératif. « Je désherbe le blé, s’il le faut vraiment. L’objectif est de gagner du temps et, donc, de l’argent. »

Un test avec LE sucre

« Je n’utilise pas non plus de produit contre la pyrale du maïs. Après la récolte, je broie les résidus dans les vingt-quatre heures, ensuite je déchaume. En cours de culture, je lâche des trichogrammes par drone sur la moitié de la surface. »

Afin de lutter contre le ravageur, Frédéric expérimente une technique innovante depuis 2018 : il ajoute du saccharose (100 g/ha/passage, soit une concentration de 1 g/l) dans le pulvérisateur (1). « Il a une action insecticide en maïs, si toutefois il est répandu au bon moment. » Or, c’est là que le bât blesse. « Le sucre est épandu avec l’herbicide au stade 4 feuilles. C’est trop tôt pour avoir un impact. Je pourrais revenir plus tard, au stade “limite passage de tracteur”, mais je crains sérieusement de faire des dégâts dans la culture. Ou alors, il faudrait que j’augmente l’écartement des rangs à 80 cm. » Il reste ainsi encore des pistes à exploiter. Isabelle Lartigot

(1) Arvalis a travaillé le sujet dans un projet Casdar baptisé Sweet (2016-2019).