Le 31 décembre 2021, la castration à vif des porcelets sera interdite. La production de mâles entiers fait partie des alternatives pour répondre à de nouveaux cadres. Le Gaec de la Seiche s’est engagé dans cette voie, depuis 2013, accompagné par sa coopérative, la Cooperl. « Dès le départ, nous avons adhéré à la démarche, indique Vincent Boué, responsable de l’atelier porc au sein du Gaec, aidé de trois salariés. Sur le plan éthique, je suis sensible au bien-être animal et aux attentes sociétales. » Dans l’élevage, la castration demandait beaucoup de manipulations. Pour un lot de 700 porcelets (soit 350 mâles en moyenne), deux heures de travail à deux étaient nécessaires, avec du personnel qualifié.

Génétique et alimentation

« Avec le mâle entier, l’enjeu principal est la maîtrise du risque d’odeur de verrat. Deux molécules en sont principalement à l’origine : l’andro­sténone et le scatol », rappelle Sophie Bertrand, responsable qualité du groupe Cooperl. La coopérative a travaillé à l’élaboration d’un cahier des charges offrant de sécuriser la filière et la mise en marché des produits.

La génétique est l’un des leviers majeurs d’amélioration. « Nous n’utilisons que des verrats Ino (Nucleus) sélectionnés pour que leurs descendants fournissent moins de carcasses odorantes », explique Jean-Yves Legaud, responsable technique à la Cooperl.

 

L’autre facteur important est l’alimentation. La coopérative a développé une gamme spécifique aux mâles entiers. « Nous suivons les préconisations pour ne pas produire des animaux trop gras », précise Vincent Boué.

L’éleveur ne sexe pas ses animaux au sevrage. Il réalise, toutefois, un tri par rang de portée et par gabarit. Pour limiter le risque d’odeur, l’objectif est de prévenir le stress. Épisodes sanitaires, effet saison, notamment l’été avec la chaleur… De nombreux facteurs peuvent intervenir. Sur le quai d’embarquement, il convient d’éviter les grandes cases pour réduire les bagarres. Sur l’élevage, un nouveau quai de 200 places a été mis en service en 2020 avec des cases de 10 animaux. Lors des départs de charcutiers, l’éleveur vise « si possible un délai restreint entre l’ajeunement et la mise à quai. »

Et les résultats sont encourageants. Au démarrage, 4 % des carcasses mâles de l’élevage étaient détectées odorantes sur chaîne d’abattage. Ce taux est descendu à 2 % aujourd’hui. Vincent Boué y trouve bien d’autres intérêts.

« Le principal avantage du mâle entier est d’améliorer l’indice de consommation. Plus musclés et plus maigres, ils obtiennent des TMP (taux de muscle des pièces) nettement supérieurs », souligne Jean-Yves Legaud. C’est d’autant plus intéressant qu’une grille de paiement spécifique mâle entier a été adaptée avec un cœur de gamme élargie (83-103 kg). « En période de cours bas, lors des jours fériés et en cas de retard d’enlèvement, on s’autorise à ne pas trop dégrader nos plus-values par le poids. En période de cours favorable, il nous arrive d’aller chercher de la marge supplémentaire. » L’élevage a optimisé son indice de consommation sans dégrader le sanitaire. « En revanche, l’arrêt de la castration n’a pas eu d’effets sur les arthrites en maternité », signale Vincent Boué.

« Travailler moins,gagner plus »

Ces performances permettent d’obtenir de bons résultats économiques. La plus-value globale est de 23,2 centimes d’euros par kilo. Elle était de 21 centimes en 2012, sachant que l’élevage a intégré la démarche porc élevé sans antibiotique depuis 2015, ce qui lui assure une meilleure valorisation. Le groupement avance un gain net moyen de 5 à 8 euros par porc suivant les années liés à la valorisation du porc (54 %), au coût alimentaire (42 %) et à la main-d’œuvre (4 %). Pour Vincent Boué, le bilan est satisfaisant. L’éleveur ne reviendrait pas en arrière, tout comme ses salariés. « C’est bien la première fois qu’on me propose de travailler moins pour gagner plus », conclut-il.

I. Lejas