Comment réduire la facture d’achat d’aliment dans un système non pâturant mais avec des prairies à fort potentiel ? Pour le Gaec Lavalley basé, à Saint-Clément-Rancoudray dans le sud de la Manche, la réponse a été trouvée par une meilleure valorisation de l’herbe ensilée. Depuis 2019, les quatre associés qui élèvent environ 200 vaches laitières prim’holsteins ont ainsi changé la ration à base de maïs ensilage pour une ration entièrement basée sur l’ensilage d’herbe avec un complément de maïs épi ensilé.

Lait classé en super A

« La facture d’aliment, qui était de plus de 100 000 euros par an, a été réduite à 37 000 euros, voire 40 000 euros. Je ne reviendrai pas en arrière ! La hausse actuelle des coûts de l’aliment nous conforte d’ailleurs dans ce choix », appuie Alexis Lavalley, associé du Gaec, constitué avec son épouse et ses parents. La production laitière du cheptel a été maintenue à une moyenne de 25 litres par vache et par jour. La ferme a ainsi continué de produire 1,3 million de litres par an. « Nous n’avons pas vu d’effets sur les taux, qui sont restés stables. Nous avions eu quelques craintes sur la qualité du lait du point de vue des spores butyriques. Cependant, cela fait dix-huit mois que notre lait est classé en super A, constate l’éleveur. Il nous semble aussi avoir gagné globalement sur la santé du troupeau. »

 

Bonne productivité

La transition n’a pas spécialement inquiété les associés. « J’ai toujours aimé la culture de l’herbe. Nous en apportions déjà des quantités importantes (30 à 40 %) en complément du maïs ensilage. Nous avions à la fois la productivité et les surfaces pour le faire, avec 160 ha de surface fourragère principale, souligne Alexis. Dans notre secteur, le maïs ensilage a un potentiel de 13 à 14 tonnes de matière sèche (MS)/ha. Cependant, nos prairies sont encore plus productives avec un potentiel de 16-17 t de MS/ha/an. Nous sommes situés légèrement en altitude dans le sud de la Manche. Nous ne connaissons pas la sécheresse. » Par ailleurs, les éleveurs implantent des prairies temporaires multi-espèces à base de fétuque et dactyle comme graminées principales, avec assez peu de ray-grass anglais (RGA). « Nous constatons que le RGA a tendance à caler en production dès qu’il fait chaud. »

En complément des graminées semées à 18 kg/ha environ, les exploitants sèment 10-12 kg de trèfle violet et de trèfle blanc. Les 81 ha de prairies temporaires sont ainsi implantés pour une durée de cinq ans. L’objectif des associés est d’obtenir de bonnes valeurs en matières azotées totales (MAT) pour leurs ensilages d’herbe. Ils fauchent ainsi aux stades jeunes, quitte à réaliser 5 à 7 coupes par an. L’herbe fauchée est préfanée avant d’être ensilée (sans conservateur) en silo sandwich, qui regroupe toutes les coupes de l’année. La dernière coupe d’octobre fait un chapeau qui réhydrate les couches inférieures. Le front d’attaque permet ainsi d’apporter une moyenne des valeurs des différentes récoltes.

« Dans ce système, nous avons moins de pics de travaux, mais les chantiers de récolte sont devenus presque continus. Je trouve aussi que la gestion de l’herbe est un peu plus technique », explique l’éleveur.

Se passer de correcteur azoté

La ration de base actuelle est calée pour un potentiel de 25 l par vache et par jour. Elle intègre 13 kg de MS d’ensilage d’herbe (dont 0,8 kg de repousses de colza), avec 4,8 kg de MS d’ensilage de maïs épi et 0,9 kg de blé. Une complémentation azotée reste nécessaire. Elle est réalisée avec 1,2 kg (matière brute) de tourteaux tannés de soja-colza. Cette quantité dépend de celle d’ensilage d’herbe. Elle était de 0,8 kg avec les ensilages de 2020 qui étaient plus riches en MAT. « J’espère que nous allons continuer à progresser sur nos ensilages d’herbe. Cela nous permettrait à l’avenir de nous passer complètement de correcteur azoté. »

Alexis Dufumier