En 2014, après mûre réflexion, André Haramboure arrête la culture de maïs ensilage. A la place, il implante une prairie. Cela ne concerne que 2 ha de la SAU mais l’éleveur avait l’habitude d’utiliser ce fourrage pour ses brebis en lactation, à raison d’environ 67 t/an, et il obtenait de bons résultats zootechniques. En 2015, il change son plan d’alimentation et ses habitudes d’approvisionnement, ce qui suscite quelques inquiétudes. « C’était mathématique, j’allais manquer de nourriture, explique André. Un hectare de maïs fournissait l’équivalent de 14 t de matière sèche (MS), à laquelle s’ajoutaient 4 t de MS du ray-grass que je semais en interculture. En comparaison, la prairie n’apporte que 7 t ! »

L’éleveur remplace l’ensilage par davantage de foin et de regain. Clé de la réussite : produire un fourrage de qualité. Alors André bichonne ses prairies. « Je les renouvelle régulièrement, exclusivement en dactyle et fétuque pour celles destinées à être fauchées. Je pratique le déprimage, puis je retire les bêtes fin avril pour une fenaison fin mai-début juin. Pour les pâtures, j’utilise un mélange de trèfle, ray-grass, dactyle, fétuque et chicorée. » Puis il avise en fonction des aléas climatiques. L’enrubanné à 70 % de MS minimum reste autorisé par le cahier des charges de l’AOP Ossau-Iraty : « Je ne cherche pas particulièrement à en faire mais cela permet de sauver des fourrages qui n’ont pas le temps de sécher… »

Constituer des stocks

Qui dit retrait du maïs ensilage dit perte énergétique des rations. André a compensé en augmentant les quantités de maïs grain : « Je ne le cultive pas moi-même. Il faudrait que j’investisse dans du nouveau matériel de culture. Avec un maïs sec vendu 200 €/t, à quoi bon s’endetter ? D’autant que je l’achète à 7 km d’ici. » Ses achats de maïs grain ont augmenté d’environ 40 %. Il en utilise 40 t, contre 28 t avec l’ensilage.

André, qui dispose de place dans ses hangars, constitue ses stocks en début de campagne (paille, luzerne, tourteaux, maïs grain). « Cela revient moins cher », précise-t-il. Seuls les correcteurs azotés sont achetés mensuellement. Depuis 2011, les achats hors zone AOP sont limités en quantité par le cahier des charges. Alors l’éleveur s’approvisionne le plus possible localement. Il utilise le catalogue acheteurs-vendeurs créé par le syndicat de défense AOP Ossau-Iraty (lire l’encadré). « En 2014, je n’avais pas de regain car l’été précédent avait été très mauvais. Dans ces cas-là, je prends un risque car l’offre n’est pas très courante par ici et la qualité est très variable. Grâce au catalogue, j’ai trouvé un vendeur à 12 km d’ici. »

« Avant de passer le cap, je me posais beaucoup de questions sur les rations, le stockage du foin, etc. », reconnaît André. Avec du recul, il constate que le changement de pratique n’a pas été si compliqué.

Des brebis plus alertes

En outre, il observe des changements positifs sur son troupeau : « Mes brebis sont plus alertes, elles sortent plus facilement et valorisent mieux l’herbe. Je note aussi moins de gras en période de tonte, moins de boiteries, et donc moins de frais vétérinaires… »

« Pour ce type d’exploitation, l’arrêt de l’ensilage peut induire un surcoût alimentaire annuel de 2 000 à 3 000 €, estime Jean-Michel Noblia, conseiller du Centre départemental de l’élevage ovin (CDEO), qui appuie l’éleveur. Mais ses brebis produisent mieux et davantage. Elles ont moins d’acidose et vieilliront mieux. »

En 2015, année sans ensilage, les brebis ont donné un peu plus de lait. Même si tout ne peut être attribué à ce changement de pratique, les résultats sont très encourageants. « André craignait de perdre en volume et, surtout, en matière sèche utile du lait. Mais cette dernière s’est globalement maintenue. Par ailleurs, on constate une baisse des germes butyriques. Le gain en lait réalisé a minimisé l’impact économique de l’arrêt de l’ensilage », conclut le conseiller.

Aujourd’hui, André est serein pour la campagne 2017 : son hangar était rempli avec 50 t de foin et 30 t de regain de belle qualité, ainsi que 35 t d’enrubanné à 78 % de MS. Il a aussi acheté 35 t de maïs et 30 t de foin de luzerne. De quoi voir venir !