«Les antibiotiques, ce n’est pas automatique. » Ce message bien connu, Emmanuel Robert en a fait sa devise. Dans son élevage, il n’utilise plus d’antimicrobiens pour ses porcelets en postsevrage (PS) à partir du 42e jour de vie, et très rarement avant. Une approche qui lui permet de valoriser ses animaux dans la démarche Porc sans antibiotique (PSA) de sa coopérative, mais qui nécessite une conduite rigoureuse et exigeante.

Emmanuel a repris l’exploitation familiale en 2010, après avoir travaillé une quinzaine d’années comme responsable d’élevage, puis dans une coopérative d’insémination porcine. « Dès 2014, j’ai arrêté les antibiotiques contre les diarrhées en systématique dans les aliments en postsevrage », raconte-t-il. Les problèmes digestifs restent la pathologie pour laquelle la consommation d’antibiotiques est la plus importante dans cette tranche d’âge. « J’avais de bonnes performances en PS et mon objectif était d’intégrer la démarche PSA de la Cooperl. Sur le plan éthique, j’étais sensible à la problématique de l’antibiorésistance et aux attentes du consommateur. Sur le plan réglementaire, les mois étaient comptés pour l’utilisation de la colistine dans l’aliment. »

Cet essai sur six mois ne s’est pas avéré concluant. « Il n’y avait pas de signes cliniques flagrants mais les résultats techniques s’étaient sérieusement dégradés, avec une perte de 50 g de GMQ par porcelet et une plus grande hétérogénéité des porcs. » Après analyse de la situation, l’éleveur a redonné un aliment supplémenté. Les performances se sont améliorées, sans toutefois revenir au niveau initial.

Protocole de suivi

En parallèle, son groupe Ceta (1) réfléchissait à la démédication chez ses adhérents. A l’automne 2015, un projet d’expérimentation de suppression des antibiotiques en systématique basé sur la prévention a été lancé avec le soutien du conseil régional. « C’était une approche cadrée, avec la mise en place d’un protocole. » Emmanuel s’est porté volontaire, ainsi que deux autres exploitations.

L’expérimentation s’est déroulée sur quatre bandes de 200 porcelets. Logement, conduite, alimentation et eau, confort des animaux, sanitaire… Pour chaque bande, il a analysé les facteurs de risque sur les plans qualitatif et quantitatif. Pour le logement, il a vérifié si la densité par case était respectée ou le nombre d’abreuvoirs par porcelet suffisant. Sur le plan qualitatif, les cloisons pleines sont considérées plus favorables que celles ajourées, le caillebotis plastique plus confortable que le béton. Cette analyse a été complétée par un protocole de suivi quotidien, avec de nombreux relevés à effectuer : contrôle de la température, de la consommation d’eau et d’aliment, grille d’évaluation des fèces, comportement des animaux… « Un travail très chronophage de près de 30 minutes par jour », reconnaît l’éleveur, pourtant rompu aux procédures de contrôle dans son ancien métier.

Une fois toutes les données analysées, le sanitaire et le confort thermique sont apparus comme les principaux facteurs de risque. « C’était visible sur les courbes des différents indicateurs en fonction de l’âge. Les porcs étaient en situation d’inconfort au bout du quatrième jour en PS. La consommation d’eau décrochait au cinquième jour. » Malgré la température de consigne indiquée (28 °C), la température enregistrée par le thermomètre de contrôle était inférieure de 1 °C. « J’ai tout de suite corrigé le défaut en relevant la température de consigne et j’ai vu la différence. » Sur le plan sanitaire, l’éleveur a démarré, au printemps 2016, la vaccination des porcelets contre la colibacillose. « Nous avons vu une amélioration mais les résultats restaient hétérogènes. »

Acquérir un réflexe

« Depuis un an et demi, ça va beaucoup mieux, même s’il y a eu quelques alertes. Désormais, j’essaie systématiquement de déterminer la cause du problème. » Aujourd’hui, Emmanuel ne fait plus de relevés comme lors de la phase de test, mais il procède toujours de la même façon. « Avant d’entrer dans le bâtiment, je regarde les compteurs. Une fois à l’intérieur, je fais un premier tour dans la salle pour voir l’état général. Au deuxième tour, je vidange les canalisations d’eau et je nettoie les abreuvoirs. Au troisième, j’observe les comportements, les fèces… C’est automatique ! »

Cette expérimentation a permis un retour des performances techniques en PS. Emmanuel a intégré la démarche PSA début 2017, avec à la clé une meilleure valorisation de ses animaux (+ 2 centimes/kg). Il a aussi observé une amélioration de ses plus-values techniques (+ 2 centimes/kg entre 2015 et 2017).

(1) Inscrit dans la démarche Agriculture écologiquement performante de la région Bretagne et reconnu GIEE.