Au Haras du Vivier, à Houesville, au nord des marais de Carentan, la présence d’un troupeau bovin passerait presque inaperçue. Il faut l’aide d’Étienne Lecuyer, éleveur et propriétaire des lieux, pour débusquer la stabulation. Elle accueille en hiver une partie des élèves. L’élevage s’inscrit dans un système naisseur engraisseur 100 % herbager et quasiment en plein air intégral. Il compte 110 vaches allaitantes de races salers et charolaise en cohabitation avec 50 poulinières de trotteurs et trois étalons. « Nous sommes avant tout éleveurs de chevaux, mais nous avons depuis toujours élevé des vaches », souligne Étienne, dont le haras est régulièrement classé dans le top 5 français des élevages de trotteurs, selon le niveau des primes éleveurs.

« Du temps de mon père, nous achetions des “vaches herbagères”, c’est-à-dire des vaches de réforme maigres, en vue de les finir à l’herbe. On prenait une bande en février, vendue en juin, et une nouvelle bande dans la foulée, que nous revendions en septembre-octobre. En 1982, avec l’apparition des primes couplées à la vache allaitante, nous avons constitué un troupeau. D’abord nous vendions des broutards, puis des bœufs, dans l’espoir de valoriser l’herbe », se souvient l’éleveur, qui produit chaque année environ 53 bœufs et 45 génisses de boucherie pour la filière Bœuf de nos régions (BNR). « Il ne faut pas que les vaches me coûtent trop cher. Le troupeau me sert avant tout à assurer une herbe pâturée de la meilleure qualité possible pour mes chevaux. » Étienne a opté pour des vaches de la race salers pour sa simplicité d’élevage en croisement avec sept taureaux charolais. Cependant, d’ici deux ans, la filière BNR n’acceptera plus les animaux croisés. L’éleveur est en train de faire basculer son troupeau en charolaise.

Assurer un pied d’herbe aux chevaux

« Juments suitées, juments, bœufs, vaches allaitantes… À mon sens, le pâturage mixte simultané bovins-équins est ce qu’il y a de mieux, et je le favorise le plus possible, indique Étienne Lecuyer. Je ne sépare que les yearlings du fait de la complémentation à l’auge, ainsi que les taureaux. » Pour ces jeunes chevaux, l’éleveur organise le pâturage en alternance, en faisant généralement d’abord entrer les chevaux dans les parcelles puis les bovins pour rattraper les refus.

Pour les autres animaux, il met en place des lots mixtes comportant 20 à 25 gros bovins pour 5 à 7 juments. Ils tournent toutes les trois semaines environ sur un bloc de trois parcelles de 5 à 6 ha. « Les chevaux n’ont pas besoin d’herbe haute, au contraire, ils ont besoin d’un pied d’herbe de grande qualité que leur procure le pâturage des bovins. L’autre grand avantage réside dans la gestion des refus. Les bovins bousent uniformément et répartissent mieux ces zones. Par ailleurs, lorsque les refus des chevaux ne sont pas trop anciens, les bovins les consomment. Cela évite que les équidés fixent leurs zones de latrines.

Malgré la mixité au pâturage, l’éleveur broie les refus une fois par an, en été : « Toute la croissance de mes animaux se fait à l’herbe. Je ne veux donc pas attendre que les animaux “grattent” au maximum, ni retarder l’entrée dans les parcelles qui seraient déjà prêtes. »

L’éleveur vermifuge bovins et équins environ deux fois par an. « Je ne souhaite pas prendre de risque pour les chevaux et je n’ai pas constaté l’effet bénéfique de dilution des parasites lié au pâturage mixte que rapporte la littérature technique », justifie-t-il. La cohabitation entre les deux espèces se passe bien. Les vaches auraient même tendance à calmer les chevaux. Pour adapter ses clôtures au pâturage mixte, Étienne est passé en système barbelé intégral avec les deux rangées inférieures en fils lisses afin d’éviter les blessures au paturon des chevaux. Fini donc les jolies lices en bois, qui sont régulièrement cassées par les vaches. Mais c’est un détail, car « aujourd’hui, je ne pourrais pas concevoir d’élever des équins sans les bovins, alors que je pourrais envisager l’inverse », conclut l’éleveur.

Alexis Dufumier