D’abord adhérent du GDA de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir, Jérôme Garnier, agriculteur à La Croix-du-Perche, a rejoint un groupe du réseau Dephy il y a cinq ans. Avec onze autres exploitants du département, ils réfléchissent sur des thématiques communes, parmi lesquelles la réduction des IFT (indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires) de leur exploitation de grandes cultures. Celle de Jérôme, qui compte 93 ha, a vu ses IFT herbicides diminuer de près de 26 % entre 2017 et 2020. Les clés de son succès ? Rotations et désherbage mécanique.

Nouvelles cultures : orge de printemps et pois chiche

À l’assolement constitué de blé tendre, orge d’hiver, pois de printemps et colza se sont ajoutés, depuis trois ans, orge de printemps et pois chiche. Son choix, conforté par les retours d’expérience de ses collègues du groupe, lui a permis de diversifier ses rotations. « J’essaie d’introduire une culture de printemps tous les deux ou trois ans, qui coupe le cycle des adventices, explique-t-il. En cultiver deux à la suite est une solution quand la parcelle est vraiment sale. » L’exploitation n’étant pas irriguée, les conditions séchantes du printemps rendent, cependant, la pratique de plus en plus difficile, en témoignent les mauvais rendements de l’orge de printemps en 2020, à 35 q/ha.

L’agriculteur est un adepte du faux-semis, qui contribue notamment à diminuer le stock semencier des vulpins dans les parcelles de céréales. Craignant « un manque de solutions herbicides à venir », il a aussi investi, l’an dernier, dans une herse étrille de 15 m. « J’utilisais celle de la chambre d’agriculture depuis trois ans sur les pois chiches, qui ont peu de produits autorisés. C’est ce qui m’a motivé à en acheter une », indique-t-il.

Après un faux-semis en septembre, les céréales d’automne ont bénéficié d’un premier passage de herse, suivi d’un deuxième en novembre sur certaines parcelles, à la faveur d’un créneau climatique favorable. « Le désherbage est plus facile au printemps qu’à l’automne, où les opportunités pour passer sont moins nombreuses, l’ensoleillement insuffisant, les terres pas assez séchantes… Les mauvaises herbes arrivent à repiquer, remarque-t-il. Certains sols se prêtent également mieux au désherbage mécanique, comme l’argilo-calcaire. C’est un peu moins aisé sur mes limons battants. »

Trouver le bon équilibre

Grâce à ces stratégies, Jérôme a diminué son utilisation de phytos : en quatre ans, l’IFT herbicides de son exploitation est passé de 2,19 à 1,62 en 2020. « Sur colza, j’ai, par exemple, abandonné l’herbicide de prélevée systématique : je ne voyais pas de différence avec les zones où je n’en mettais pas. Je ne fais plus d’antidicotylédones à l’automne sur les céréales. Je passe plutôt au printemps, lorsqu’ il y a des chardons. » S’il espère maintenir ces bons résultats, il n’envisage pas de se passer complètement des herbicides. « Sans compter sur le tout chimique, je ne veux pas trop réduire mes IFT, au risque de me retrouver avec un salissement incontrôlable, soulève-t-il. Parfois, j’ai un créneau pour faire lever les vulpins, mais pas pour les détruire mécaniquement. J’utilise alors du glyphosate, mais c’est un levier que je n’aurais plus avec la nouvelle législation. »

L’avoine en test

Jérôme a également testé cette année l’avoine. « C’est une culture que je pourrais introduire dans l’assolement, en trouvant le bon itinéraire : elle manque de solutions herbicides, et j’en suis déjà à six passages de herse étrille. » L’aventure Dephy, elle, continuera bien : il vient de se réengager pour cinq ans.

Justine Papin