Au Gaec Baumier, dans la Nièvre, le passage à l’agriculture biologique remonte à 2002, à une époque où peu d’éleveurs franchissaient le pas. « Nous avions le sentiment d’être au bout d’un système qui ne nous rémunérait plus correctement », se souviennent Caroline et Didier Baumier, installés avec leur fils Thomas.

Pour accompagner ce nouveau cap, les éleveurs ont décidé de changer de race. Des charolaises, ils sont passés aux limousines. La transition s’est opérée par l’achat de laitonnes et le croisement d’absorption (taureau limousin sur les charolaises). « Les limousines sont rustiques, économes à nourrir et maternelles », pointe l’éleveur. Les dernières vaches vendues au printemps 2019 (en majorité classées R = et R +, NDLR) ont été payées 4,70€ /kg de carcasse, dont 0,50 € de complément de prix Unebio (1). Les résultats technico-économiques sont au rendez-vous. « L’EBE (excédent brut d’exploitation) sur produit s’élève à 55 % et celui par hectare à 850 €. C’est un excellent niveau », indique Philippe Jaillard, de la chambre d’agriculture de la Nièvre.

« Il faut, en revanche, être très présent sur le troupeau, souligne Didier. La limousine vêle seule mais elle pousse beaucoup. Le risque est que le veau naisse avec la poche de liquide amniotique sur le nez et qu’il se noie. » Le nouveau système mis en place se caractérise par des vêlages précoces, peu courants en bio. Les taureaux sont sortis du troupeau en février et les vaches sont échographiées en mars. Ainsi, 90 % des naissances se déroulent en octobre, novembre et décembre.

Vêlages précoces

Mis à l’herbe sur les prairies permanentes, les animaux sont allotés en fonction de l’âge des veaux. Les mâles et les femelles sont séparés. Les vaches rentrent en bâtiment à partir du 20 septembre, pour les premiers vêlages.

La conduite du troupeau est aussi rigoureuse qu’économe. Sur l’exploitation, les achats d’aliment du commerce se limitent à trois tonnes par an, « la quantité minimale pour une livraison en vrac. » Il est donné aux petits veaux pour les habituer à manger et pallier le manque de lait en fin d’hiver. « Nous veillons à ce que leur croissance soit régulière et continue », précise l’éleveur. Un peu de luzerne déshydratée (2 000 € par an) ainsi que des minéraux (3 000 € par an) sont également achetés, ce qui permet notamment d’obtenir de bons résultats de reproduction. Par ailleurs, 30 ha de luzerne et 20 ha de prairies temporaires sont entièrement voués à la constitution de stocks.

Le niveau des frais vétérinaires est inférieur à 40 € par UGB (unité de gros bétail). « Les vaches délivrent dans l’heure suivant le vêlage, et nous n’avons pas de diarrhées sur veaux, se félicite Didier. Nous paillons tous les soirs et le matin, si le temps est un peu humide. » Le bâtiment est curé plusieurs fois dans l’hiver. Un vide sanitaire rigoureux est effectué dès la mise à l’herbe. Caroline et Didier veillent également au bon équilibre de l’alimentation. « La ration ne doit pas être trop riche quand les vaches vêlent, afin que le veau puisse digérer le lait. » Pour prévenir les problèmes respiratoires, les veaux nés en décembre sont vaccinés.

Pic de travail à l’automne

Cette conduite d’élevage, développée depuis dix-sept ans, est complémentaire aux productions végétales réalisées sur l’exploitation. La luzerne, qui entre désormais dans la rotation, impacte positivement la structure du sol et apporte de l’azote à la culture suivante (blé). Les céréales qui se salissent sont fauchées, enrubannées et consommées par les bêtes. Le fumier enrichit aussi le sol. « Conjuguer l’élevage et les cultures est pour nous l’idéal, soulignent les éleveurs. C’est toutefois beaucoup de travail, notamment en octobre, lorsqu’il faut gérer en même temps les semis et les vêlages. »

Anne Bréhier

 

(1) Le montant varie selon la période de vente des animaux.