«Aujourd’hui et dans vingt ans, je veux une exploitation avec un impact sur l’environnement limité et la moins dépendante possible des intrants. » Voilà ce que s’est dit Anthony Frison en s’installant à l’âge de trente ans, en 2013, d’abord sur une exploitation voisine, puis, en 2016, sur celle de son père, à Courcelles-le-Roi, dans le Loiret.

L’agriculture de conservation des sols (ACS) s’est imposée comme la pratique la plus durable, tout en limitant la perte de fertilité par l’érosion ou le lessivage. « Je l’ai découverte en lisant la revue TCS et grâce à l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable). Je souhaitais connaître les nouvelles pratiques pour développer la biodiversité et la fertilité. » Mais sa fougue initiale l’a poussé à investir dans du matériel alors que « la première année est celle qui coûte le plus cher pour se fournir en semences de couverts végétaux ».

En 2014, Anthony a acheté des semences de couverts pour un montant de 10 000 €. Depuis, quasiment toutes sont produites à la ferme. Il a également investi dans un semoir Ecomulch à dents de 40 000 € et vendu le matériel de travail du sol. Selon lui, « la chance du débutant » a permis aux rendements de blé et de betteraves d’être supérieurs, cette année-là, à ceux obtenus par son prédécesseur.

« Pour se lancer en ACS, la première porte d’entrée est le couvert végétal. Mais attention. J’ai voulu implanter dès le départ sous semis d’un couvert vivant et j’ai commis des erreurs, se rappelle l’agriculteur. Soit les couverts devenaient trop compétitifs vis-à-vis de la culture de vente alors que j’aurais dû, par exemple, les broyer avant, soit ils n’avaient pas assez poussé », ce qui entraînait des problèmes de salissement.

« Au départ, il vaut mieux éviter les plantes pérennes. Si je devais me réinstaller, je n’achèterais pas le semoir. J’aurais fait semer à un voisin pendant deux ou trois ans, le temps de bien me former, de trouver ma rotation, mes cultures, mes couverts, mon itinéraire technique, et de mieux cerner mes besoins en matériel. » Acheté trop tôt, le semoir a finalement été revendu au profit d’un autre, toujours à dents, mais plus simple, de la marque Jammet, acquis en 2017.

Commencer par le colza

Pour débuter en ACS, Anthony - qui multiplie les expérimentations - conseille de démarrer par une culture d’hiver, plus facile pour gérer l’enherbement. « Le colza, par exemple, je le sème avec des plantes compagnes de type trèfle d’Alexandrie et/ou fenu grec et/ou gesse. Elles gèleront en hiver. Après quelques années de pratique, j’y ajoute des plantes accompagnatrices pérennes comme le trèfle violet et/ou la luzerne et/ou le trèfle blanc. Elles patienteront sous le colza. » Le semis est réalisé en une seule fois, grâce à trois trémies sur le semoir. Il a lieu dans la semaine qui suit la récolte du blé pour profiter de l’humidité et favoriser la levée. En juillet, le colza sera récolté mais il restera les plantes pérennes. Avant le semis du blé suivant, « quelques grammes d’Allié peuvent être employés pour calmer les repousses de colza ». Si besoin, les graminées sont gérées avec du glyphosate. « En 2018, seul le tour des champs a été traité à 1 l/ha. » Plus tard, le désherbage du blé, avant le premier apport d’azote début mars, permet de tuer les plantes pérennes.

Le blé sera semé une dizaine de jours plus tôt que celui conduit de façon classique. « Le travail du sol permet, par la minéralisation, une libération de 60 unités d’azote. Pour compenser, je laisse plus de temps à la culture pour lever », explique l’agriculteur.

Après six ans d’expérience, l’ACS, avec le passage d’une rotation sur trois-quatre ans à six- huit ans, a permis à Anthony de réduire ses charges (voir le tableau ci-dessus). Les engrais de fond de synthèse ont été remplacés par l’apport de broyats de déchets verts. « Hormis une perte de 10 q/ha en orge de printemps au début de la conversion, j’ai les mêmes rendements que mes prédécesseurs, précise l’agriculteur. Ma marge s’est améliorée. En 2016, avec les fortes pluies, l’ACS a sauvé la ferme grâce à une moindre dépendance aux intrants. »

Florence Mélix