Depuis 2000, Hervé Mirman cherche à réduire l’astreinte pour préparer le départ à la retraite de sa mère et de leur salarié. En adoptant la ration mélangée, il a gagné 55 minutes par jour. « Notre bergerie comportait trois tapis d’alimentation. Pour entrer avec la désileuse et décharger directement sur ces derniers, j’ai agrandi le portail, et je l’ai muni d’une commande électrique. Puis en 2012, nous nous sommes équipés d’une mélangeuse afin d’intégrer du maïs dans la ration et d’améliorer l’autonomie fourragère. Il a fallu ajouter un second portail pour ressortir de l’autre côté sans avoir à manœuvrer », explique Hervé Mirman.

La mélangeuse a coûté 24 000 €, auxquels s’ajoutent 8 000 € pour le second portail et le terrassement, 2 500 € pour un godet de grande capacité, et 4 000 € pour une cellule de stockage de céréales en extérieur. « J’ai aussi installé deux silos extérieurs, en prévoyant de la place pour circuler. C’est important de ne pas perdre de temps à remplir la mélangeuse. »

Ration distribuée en une fois

En début de lactation, la ration journalière comprend aujourd’hui 3 kg bruts d’ensilage de luzerne dactyle, 2,2 kg d’ensilage de maïs, 1,2 kg de foin de luzerne et 150 g de céréales par brebis. « En complément, je donne des céréales et du tourteau à la traite », précise Hervé. Avant, il distribuait l’ensilage le matin et le foin le soir. « Le matin, les brebis se jetaient sur l’ensilage. Avec la ration mélangée, distribuée en une fois, elles sont plus calmes », constate-t-il. L’affouragement prend désormais 1 h 20 par jour au lieu de 2 h 15.

À la traite, Hervé a gagné deux heures par jour. « Nous avions deux quais de vingt-quatre places au total, mais seulement douze faisceaux, qu’il fallait passer manuellement d’un côté à l’autre. En 2013, nous en avons installé le double, avec un décrochage automatique », détaille-t-il. Sur chaque quai, un robot stalle place les brebis le long du cornadis et un Dac mobile assure la distribution du concentré. « Les bêtes se bousculent moins », apprécie-t-il. L’alimentation des deux Dac se fait automatiquement. Il n’y a plus besoin de remplir la trémie avec un seau. L’investissement atteint 47 000 €, en intégrant les cellules de stockage et les vis qui approvisionnent les Dac. « Pour quatre cents brebis, la traite ne nécessite plus qu’une heure à une personne, au lieu d’une heure et demie à deux. Et le travail est moins pénible. »

Moins de concentré, plus de lait

Le Dac lit la puce de chaque brebis et lui distribue la quantité de céréales et de tourteau programmée en fonction de la production de lait moyenne de son lot. « Avant, je calais la dose sur le niveau des meilleures productrices. En ajustant, j’ai réduit les achats de tourteau », note Hervé. Il utilise la mélangeuse dès la fin de la gestation. En donnant ainsi une meilleure ration plus tôt, les brebis, plus en état, expriment mieux leur potentiel. Celui-ci progresse également grâce à la sélection génétique, avec un tiers de brebis inséminées.

La mère d’Hervé, à la retraite depuis 2017, l’aide encore un peu à la bergerie. L’éleveur n’emploie plus son salarié qu’à mi-temps. Mais ce dernier partira bientôt en retraite, et Hervé va se retrouver seul. Pour réduire davantage l’astreinte, la prochaine étape sera l’automatisation du paillage. Pour autant, l’exploitant ne pourra pas se passer d’un employé. Pour accéder aux prairies, le troupeau doit traverser le village, puis une route nationale. « À ce moment-là, nous devons forcément être deux », souligne Hervé, qui ne peut pas faire d’impasse sur le pâturage, un des points phares du cahier des charges de l’AOP roquefort.

Il prévoit donc d’embaucher une nouvelle personne, directement ou par un groupement, et de déléguer éventuellement une partie des travaux des champs. Économiquement, c’est envisageable. En améliorant les résultats du troupeau et en réduisant les achats de concentré, il a conforté sa marge. « Mais depuis plusieurs années, le prix de base du lait dans l’AOP roquefort ne bouge plus. Il faudrait aussi qu’il progresse. » Frédérique Ehrhard