Installé sur la ferme familiale depuis le 1er juillet seulement, Boris Van Derven, vingt-quatre ans, sait ce qu’il veut : produire des porcs le moins cher possible, en diminuant les charges. L’exploitation élève des porcs bio depuis les années 2000, pour les vendre à la coopérative Cirhyo, à 3,58 €/kg (prix de base) en moyenne. Un bon prix, plutôt stable, négocié entre le GIE Porc bio cœur de France (1) et Système U. Mais Boris traque les économies pour rester rentable, même en cas d’aléas.

Contrairement à la plupart des élevages bio, les truies sont élevées en bâtiment paillé depuis 2013. Celui-ci contient 21 cases de maternité avec des courettes couvertes, 7 cases pour les gestantes et une verraterie. « Même si l’investissement était important (300 000 €), il était nécessaire », souligne Boris. En hiver, à l’extérieur, les porcelets mouraient de froid. Au printemps, les pluies diluviennes passaient sous les cabanes et l’été, les animaux avaient trop chaud.

En bâtiment, le nombre de porcelets sevrés par truie est passé de 6-7 à 9-11, et les mères sont moins fatiguées. « Mais c’est un changement complet de méthode, dans la conduite comme dans l’organisation, avec deux à trois heures de travail en plus par jour, confie l’éleveur. À l’époque, il y avait peu de retours d’expérience. La première année, nous avons eu beaucoup de diarrhées. Nous appliquions les mêmes méthodes qu’en plein air, cela ne convenait pas à l’élevage couvert. »

Pendant la mise bas, la truie est bloquée dans le bâtiment. Pour la tranquilliser, Boris lui sert… une bière ! « Ce n’est pas conventionnel, mais c’est très efficace ! » affirme-t-il. Après la naissance, les porcelets, issus d’un croisement landrace x large white, sont élevés sous la mère pendant six semaines. La troisième semaine, Boris introduit un aliment premier âge (30 % de maïs, 15 % d’orge, 15 % de blé, 15 % de pois, 10 % de soja, 5 % d’avoine, 5 % de soja extrudé, 3 % de tourteaux de lin ou de colza, 2 % de minéraux et vitamines). Au moment du sevrage, il utilise une astuce pour éviter les diarrhées : de l’orge et du maïs trempés dans l’eau pendant deux jours.

De la luzerne enrubannée

À l’engraissement, la ration de 2 kg est complétée avec de l’enrubannage de luzerne à volonté. « La luzerne apporte des protéines, permet d’agrandir les estomacs et de déstresser les porcs, car ils ont toujours quelque chose dans la bouche », dit-il.

La ration des truies allaitantes est constituée de 4 kg d’un mélange de céréales et de protéagineux. En élevage bio, les acides aminés de synthèse sont interdits, il faut donc apporter des protéines par les végétaux. Pas simple de garantir cet apport, tout en conservant une ration appétissante et en limitant le coût alimentaire.

L’élevage est autonome à 80 %. Boris produit ses grains en cultures associées : orge-pois, blé-féverole ou encore lupin-triticale. « Les rendements sont meilleurs et les champs plus propres, explique-t-il. Je diminue le risque. Un trieur me permet de séparer les cultures. Mais il faut faire attention aux stades de maturité des plantes, qui peuvent être différents. »

Le jeune éleveur teste depuis trois mois l’enrubannage de luzerne, de moha-trèfle ou de méteil (pois fourragers, triticale, orge, avoine). « Ce sont des cultures dérobées, ce qui devrait réduire le coût de l’aliment d’environ 75 euros par tonne, poursuit Boris. Pour l’instant, les résultats sont très encourageants : il n’y a pas de dégradation du poids des porcelets à la naissance, le poids moyen des porcs charcutiers a augmenté, et le prix payé est meilleur grâce à la prime qualité. »

Ses parents, Steven et Sandra, avaient installé une fabrique à aliments. Les huit cellules de céréales et de protéagineux peuvent contenir jusqu’à 200 tonnes. En 2005, cette fabrique avait coûté 30 000 € en matériel, un coût largement rentabilisé. « En 2016, la récolte était trop médiocre, chez moi comme chez mes voisins, raconte l’éleveur. J’ai dû acheter de l’aliment à partir d’octobre. Cela m’est revenu à 50 €/t en plus, par rapport à un coût actuel de ration de 450 €/t. »

Aujourd’hui, Boris élève sept bandes de 7 truies, soit 49 mères. Pour rentabiliser son bâtiment, il va passer à 72 mères en huit bandes, ce qui entraînera la construction d’un deuxième bâtiment d’engraissement. Sa coopérative, Cirhyo, s’est engagée à lui acheter tous ses porcs. Le marché est en pleine expansion. À côté, un deuxième poulailler de poules pondeuses verra également le jour. « Mon objectif est de pouvoir embaucher trois ouvriers, pour que l’on travaille chacun un week-end par mois. Comme tout le monde », conclut le jeune éleveur.

(1) Voir La France agricole du 23 juin 2017, page 28.