Le Salon international de l’agriculture 2026 (Sia) s’ouvre dans un mois, porte de Versailles à Paris, du 21 février au 1er mars, mais certains acteurs du monde agricole ont décidé de ne pas s’y rendre. Lundi 12 janvier 2026, Jean-Baptiste Bourin, le président de la chambre d’agriculture des Ardennes, a annoncé que son instance n’y participerait pas.

De ce fait, l’organisme consulaire n’animera pas la traditionnelle journée du département avec des producteurs et partenaires locaux. Et la chambre ardennaise ne sera pas remplacée sur l’espace du conseil régional aux côtés de la chambre régionale du Grand Est.

« On ne va pas faire la fête »

« Le Salon est déconnecté du monde agricole. On ne va pas faire la fête pendant neuf jours avec les politiques alors que ça va mal et que le reste du temps, on nous oublie ! », précise son président Jean-Baptiste Bourin, de la Coordination rurale. La chambre d'agriculture maintient cependant son implication auprès des producteurs ardennais dans le cadre du Concours général agricole. Pour Romain Larue, président de la Coordination rurale des Ardennes, « vu le contexte, le salon devrait être annulé ».

À ce jour, d’autres départements s’inscrivent dans cette volonté de boycotter le Salon. Pour cette édition de 2026, la Corrèze et la Haute-Vienne vont aussi briller par leur absence. Non seulement, les vaches limousines, la race bovine star de ces territoires, ne seront pas présentes, mais ces départements ne tiendront pas de stand. Ils renoncent ainsi à faire la promotion de leur terroir et leurs produits.

Dès l’automne 2025, le conseil départemental de la Haute-Vienne et la chambre d’agriculture du département, qui avaient chacun leur stand depuis deux ans faute d’entente, ont renoncé à aller porte de Versailles, rapporte nos confrères d’Ici Limousin. Le coût d’environ 100 000 euros pour le stand du conseil départemental serait en cause. D’après la radio locale, celui-ci préférerait « économiser et retourner au Salon l’an prochain avec plus de forces ».

Des acteurs « solidaires de la profession agricole »

Un autre argument revient concernant les raisons de ce boycott. Il s’agit de la « morosité ambiante » pour le monde agricole, notamment en raison de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Pascal Coste, président du conseil départemental de la Corrèze n’aurait pas souhaité « faire la fête au Salon en pleine crise agricole », indique Ici Limousin. À ce stade, le stand corrézien étant payé, les huit producteurs qui s’étaient engagés à venir à Paris pourraient tout de même représenter leur territoire s’ils le souhaitaient, mais sans le département. D’après la radio locale du Limousin, la réflexion est en cours.

Dans le Sud-Ouest, le conseil départemental de l’Ariège, « solidaire de la profession agricole », annule aussi sa venue au salon. À l’issue d’une réunion qui s’est tenue jeudi 15 janvier 2026, avec les producteurs et artisans ariégeois, le département de l’Ariège a décidé de ne pas se rendre à Paris en invoquant un « contexte agricole particulièrement difficile lié à la DNC qui affecte fortement les élevages ariégeois ».

En annulant sa venue et en suivant la décision de la profession, le département de l’Ariège réaffirme son « plein engagement aux côtés des producteurs et artisans ariégeois concernés ». Dans un communiqué, l’instance révèle que leur présence pourra notamment être envisagée « dans le cadre des événements organisés ou soutenus par le département, afin de maintenir une visibilité des productions et des savoir-faire ariégeois ».

« Si les vaches ne sont plus les stars, il y en a d’autres »

Cette année sera totalement privée de bovins, une première depuis la création du Salon en 1964. Mardi 20 janvier 2026, à l’occasion d’un point avec la presse professionnelle agricole, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, s’est dit « regretter » l’absence des bovins. Interrogée sur le plateau du « Grand rendez-vous » d’Europe 1/Les Échos/CNews, dimanche 18 janvier 2026, elle avait déclaré qu’il n’y avait « pas de risque à emmener des bovins au Salon ». Elle a annoncé toutefois respecter le choix des éleveurs de ne pas amener de vaches en raison de l’épidémie de DNC. « Si les vaches ne sont plus les stars, il y en a d’autres », a-t-elle nuancé.

Sur le plan politique, Annie Genevard a affirmé qu’elle n’avait « pas à juger » les acteurs du monde agricole qui décidaient de ne pas venir au salon. La ministre de l’Agriculture  invite « les Français à venir en nombre » porte de Versailles, à Paris. Dans ce contexte, « venir, c’est soutenir » est devenu le slogan de l’édition de 2026 du Salon. Dans cette logique, la nouvelle affiche de l’évènement met en avant les 36 races bovines normalement présentes au Sia. Pour cette édition particulière, les organisateurs souhaitent un Sia de la « solidarité ».

Questionné à l’occasion d’un déjeuner avec la presse professionnelle agricole, mardi 20 janvier 2026, Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca, organisateur de l’évènement, a précisé que l’invitation au boycott du Salon n’était « pas d’ordre national ». Selon lui, ne pas participer à ce moment serait « dommage ». « Il n’y a pas d’autre endroit que le Salon pour échanger avec autant d’acteurs du monde agricole, relève-t-il. L’évènement a une vraie mission pédagogique pour des enfants urbains qui se sont parfois jamais rendus dans une ferme. »

Plus largement, le Salon de l’agriculture est éminemment un moment politique. Cette année, la plupart des élus locaux seront en campagne pour les élections municipales. « Ils ont tous leur place au Salon. On accueille tout le monde, explique Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca, organisateur de l’évènement. C’est l’endroit où on peut faire passer des messages. »