« La moitié des porteurs de projets qui se présentent au Point accueil installation (PAI) n’entament pas de parcours à l’installation », constate Marie-Isabelle Le Bars, chargée de mission régionale en installation-transmission à la chambre d’agriculture de la Bretagne. Dans cette région, cela représente près de 1 000 porteurs de projets. Pourquoi une telle déperdition ?
Pour y répondre, la chambre d’agriculture de la Bretagne et Terre de Liens ont réalisé 70 entretiens auprès de candidats à l’installation aux profils très divers (origine agricole, formation agricole, foncier, type de production, mode de production) reçus aux PAI de la Bretagne et des Pays de la Loire ainsi qu’auprès d’acteurs de l’accompagnement. Les résultats de cette enquête ont été partagés lors du séminaire du projet Renouer (renouvellement des actifs agricoles), le 10 février 2026 à Paris.
S’installer sans être issu du milieu agricole (21/02/2025)
L’image et l’attractivité du métier
Le premier frein identifié est lié à la crainte de voir les conditions de travail se dégrader en entrant dans le monde agricole (temps de travail, rémunération, pénibilité physique). En cas d’installation individuelle, la peur de l’isolement et l’absence de services tertiaires dans certaines zones géographiques peuvent freiner l’installation du projet.
Certains porteurs de projet font état de difficultés à pénétrer le monde agricole. « Lors du premier contact, certains ont été refroidis par l’accueil qu’a pu faire le monde agricole », rapporte Marie-Isabelle le Bars. Se pose aussi la question de la légitimité pour les candidats à l’installation n’ayant pas de formation agricole.
La complexité administrative
Le nombre de démarches administratives à réaliser en parallèle avec une multitude d’acteurs rend complexe le parcours à l’installation. « Le jargon, comme le CEPPP, le PAI, l’autorisation d’exploiter est vécu comme une fermeture et un rebut », alerte Marie-Isabelle Le Bars.
Outre leur méconnaissance, les conditions d’accès aux aides à l’installation peuvent être perçues comme contraignantes. « Cela amène certains à ne pas y émerger et à ne pas se positionner sur cette aide », souligne William Loveluck, chargé de recherche chez Terre de Liens.
La faisabilité économique n’est pas au rendez-vous
« Parfois les surfaces auxquelles on a accès ne permettent pas d’avoir un projet viable, poursuit William Loveluck. Cela met en péril l’installation à proprement parler. » Le manque de références économiques sur certains systèmes de production, y compris pour les acteurs de l’accompagnement ou du financement, contribue au peu de solutions proposées aux porteurs de projet en difficulté. La question de l’accès au logement peut être aussi rédhibitoire lorsque le cédant reste à la ferme. Faute de disponibilité ou de moyens financiers, les porteurs de projet peuvent ne pas être en mesure de s’installer près de l’exploitation.
L’accès au foncier et à l’outil de production
« L’opacité de l’accès aux informations concernant le foncier est plus ou moins intense selon les régions, constate William Loveluck. Les personnes qui ne se sont pas installées expliquaient lors des entretiens qu’il y avait parfois des règles d’attribution du foncier qui ne privilégiaient pas nécessairement l’installation. »
Le rôle du cédant est également pointé. Trop exigeant, peu ouvert à des formes de restructuration, fermé sur le montant de la reprise, cela peut complexifier la transmission. « Il y a des cédants qui cherchent leur fils adoptif, rapporte Marie-Isabelle le Bars. Par ailleurs, c’est plus facile d’être du milieu pour être crédible, à la fois par les voisins mais aussi les accompagnateurs. »
L’accès au capital et au financement
Les sondés ont fait état de montant trop important de capitaux pour la reprise ou la création d’une exploitation. « Cela implique des niveaux d’emprunt ou d’apport trop élevés que certains ne peuvent pas assumer », souligne William Loveluck. Par ailleurs, les solutions de portage de foncier sont encore méconnues.
Le manque de connaissance de certains dispositifs financiers, l’accès à la dotation au jeune agriculteur limité à 40 ans, sont cités comme des freins alors que 27 % des installés ont dépassé cette limite d’âge.