En 2025, l’entreprise américaine GreenLight Biosciences a demandé une autorisation de mise sur le marché en Europe pour Calantha, son pesticide à ARN. « C’est une technique qui se base sur un mécanisme de défense utilisé naturellement par les plantes et découvert dans les années 1990-2000 », explique Peter Moffett, biochimiste à l’Université de Sherbrooke (Canada).

L’insecte cible détruit ses propres gènes

Le principe est d’asperger les feuilles d’une culture avec un spray contenant des molécules d’ARN double brin, spécifiques à une espèce d’insecte cible. Le ravageur les ingère et les perçoit comme un pathogène : son organisme déclenche alors une réaction de défense pour les détruire. Or, son propre génome contient cette même séquence génétique. Il va alors détruire ses propres gènes, ce qui va le tuer.

« C’est un tour qui est joué à l’insecte », s’amuse le biochimiste, qui précise que « c’est une approche spécifique et non toxique ». Le produit Calantha, déjà commercialisé aux États-Unis depuis 2024, s’attaque aux doryphores sur les cultures de pommes de terre.

La presse s’en fait l’écho depuis quelques années en le présentant parfois comme un « vaccin » pour les plantes. « Je n’aime pas trop ce terme, car ce n’est pas vraiment une vaccination. Il existe des techniques qui y ressemblent beaucoup plus (lire encadré) », souligne Peter Moffett.

Livrer les ARN dans la plante

Si cette approche fonctionne pour les insectes ravageurs, ce n’est pas le cas pour les bactéries. Ces dernières ne possèdent pas le mécanisme permettant de détruire l’ARN double brin. En revanche, la technique de pesticide à ARN peut aussi être utilisée pour les virus. Mais, « pour les virus, nous ne pouvons pas simplement pulvériser les ARN sur la surface des feuilles parce que ces virus sont à l’intérieur de la plante », explique le chercheur, qui travaille avec son équipe depuis quelques années sur la livraison d’ARN à l’intérieur des cellules végétales.

Leurs recherches sont encore en phase d’essai. Leur idée est d’utiliser des MOF (pour metal organic framework, réseaux métallo-organiques en français) pour enrober les ARN et leur permettre de pénétrer les cellules des plantes. « Au départ, nous pensions les livrer via les racines, mais ce n’est pas forcément la meilleure solution et nous pourrions aussi asperger les plantes, précise Peter Moffett. L’ARN double brin pourrait potentiellement être utilisé pour combattre aussi les champignons, et en théorie n’importe quel eucaryote » (incluant les champignons, oomycètes et nématodes).

« L’ARN est utilisé pour cibler les insectes ou les virus, mais nous pourrions aussi cibler des gènes de la plante directement. Ce serait peut-être même plus intéressant », commente-t-il. La plante pourrait par exemple réagir plus rapidement à un stress hydrique, si elle est « prévenue » à l’avance.