« Je pensais qu’avec une conduite extensive de mes 500 brebis, le bilan carbone de mon exploitation se situait à un bon niveau, indique Victor Léglantier installé à Saulgé dans la Vienne. En réalité, les choses sont plus complexes que cela. Le diagnostic que j’ai réalisé dans le cadre du programme LIFE Green Sheep, a permis de clarifier ma situation et d’identifier des leviers pour réduire l’impact « environnemental » de mon élevage. » Ces actions ont aussi favorisé l’amélioration de son revenu.
L’enregistrement dans l’outil de diagnostic CAP 2ER de l’Institut de l’élevage a nécessité l’intervention de sa technicienne Sharon Marlaud d’Ecoovi. « Pour 2021, l’empreinte carbone nette de l’exploitation de Victor se situe dans la moyenne, explique-t-elle. Elle est à 26,8 kg éq CO2/kg éq. carcasse agneau, alors que les résultats s’étendent de 13,1 kg éq. CO2/kg éq.carcasse agneau à 43,4 kg éq. CO2/kg éq.carcasse agneau.
Ce chiffre résulte du total des émissions (fermentation entérique, gestion des effluents, fertilisation azotée, carburant et électricité, aliments et engrais) auxquelles a été soustrait le stockage du carbone (cultures autoconsommées, intercultures, prairies temporaires, surfaces pastorales, linéaires de haies).
Diluer les effets des gaz entériques
La position « centrale » de l’exploitation de Victor offre des perspectives d’amélioration. Si les gaz entériques émis par les animaux sont difficilement « modulables », leur dilution grâce à une meilleure gestion du troupeau permet d’en atténuer les effets.

« Une partie de mes résultats techniques n’était pas bonne en 2021, reconnaît Victor. Ma politique de réforme n’était pas suffisamment rigoureuse. » Cela explique entre autres le positionnement de la productivité numérique dans le rouge à 14 kg éq carcasse/brebis. Idem pour le taux de mise bas à 73 %. « Je gardais des brebis qui n’avaient pas forcément mis bas, explique-t-il. Depuis ce premier diagnostic, j’ai ajusté mes pratiques. Après les échographies qui ont lieu 60 jours après la fin de la lutte, les brebis vides sont réformées, alors qu’avant elles retournaient dans le lot suivant (1). Le taux de mise bas s’est ainsi redressé à 86 %. « Mon ambition est de me rapprocher de 95 % », ajoute-t-il. La productivité pondérale a bondi à 19,5 kg éq. carcasse/brebis et se rapproche de la moyenne de référence qui se situe à 22 kg.
L’âge moyen au premier agnelage a augmenté avec 17 mois contre 15 mois. « Mais cela m’a permis d’améliorer la fertilité des agnelles, explique l’exploitant. Si les jeunes femelles n’ont pas atteint un an et un poids minimum à la mise en lutte, les performances sont très dégradées par la suite ». Ce qui nuit à la fois aux résultats techniques et à l’empreinte environnementale.
La mortalité des agneaux joue un rôle important sur la quantité de viande produite. Les résultats de Victor montrent que les conditions de l’année sont toujours à prendre en compte. À 15 % en 2021, le critère était dans la moyenne, mais il a explosé en 2024 pour atteindre 24 %. « J’ai perdu plus d’agneaux à cause de la colibacillose, explique-t-il. Il est possible que le colostrum de mes brebis était aussi moins riche en raison de la baisse de qualité de mes fourrages. » D’où l’intérêt d’ajuster les rations en fonction des analyses de fourrages.
Les leviers d’actions mis en œuvre par les élevages ovins viande sont en lien avec la gestion troupeau pour plus de la moitié d’entre eux (55 %), selon une enquête conduite auprès de 152 élevages. L’alimentation représente quant à elle 18 %. Les améliorations passent par l’augmentation de l’autonomie alimentaire, en accroissant la part de pâturage par exemple ou en réduisant les achats d’aliment. Chez Victor Léglantier, la part de pâturage est déjà importante puisque les brebis ne rentrent que le temps de l’agnelage en bergerie. Il ne compte pas en revanche réduire la part des concentrés achetés, si ce n’est en améliorant l’indice de consommation des agneaux grâce à l’achat de béliers performants. La fabrication d’un aliment fermier serait possible, mais elle bouleverserait trop l’organisation du travail. L’analyse des chiffres de 2024 n’est pas encore terminée, mais l’empreinte nette de la partie ovine de l’exploitation de Victor devrait baisser de 10 % environ. « Victor a produit plus avec moins de brebis », souligne Sharon Marlaud.
(1) Victor a scindé son troupeau en deux lots. L’un est épongé pour des agnelages d’automne et l’autre, conduit en lutte naturelle, met bas au printemps.