« On peut se donner des coups de main sans compter. Mais quand on veut aller plus loin, il faut passer à une autre étape », pointe Stephen Chong Shin Sen. Producteur de plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM) à la ferme du futur Largenté, il fait partie du collectif Hum’agri qui rassemble huit fermes bio à Seysses et Frouzins (Haute-Garonne). Ce groupement a lancé en 2020 une banque de travail. « L’entraide est la raison d’être d’Hum’agri. La banque de travail, c’est l’outil qui a formalisé cette entraide », résume Alissia Rousseaux-Fontaine, animatrice indépendante, qui accompagne le collectif.

Un outil de suivi

Cette banque de travail se présente sous la forme d’un tableau informatique, dans lequel sont comptabilisés les échanges : du matériel (ici, un épandeur, une dessileuse, un motoculteur…) et de la main-d’œuvre. Avec un gros « plus » : « Vous pouvez emprunter du matériel à Stephen mais rendre l’équivalent, en temps de travail ou en outil, à une autre personne du groupe, éclaire Alissia Rousseaux-Fontaine. L’idée est d’être le plus possible à l’équilibre ».

Les 4 règles de l’entraide

L’outil est utilisé en effet dans le cadre de l’entraide (art. L325-1 du Code rural) qui implique quatre points : les échanges sont réalisés entre agriculteurs, sur le principe de la gratuité, de la réciprocité équitable et doivent être suivis. Pour être équitables, les huit fermes ont mis en place des barèmes, tant pour les services rendus (en fonction de leur pénibilité : de 1 à 3) que pour les outils (notamment selon de leur prix, des points correspondants à des heures de travail, sont alors attribués au propriétaire). À la fin de l’année, « les huit fermes doivent être à égalité. Sinon, expose l’animatrice, soit le collectif décide de reporter à l’année suivante soit il y a une soulte qui est versée. Mais cette solution doit être prise en dernier recours ».

20 h d’échanges avant le lancement

Pour éviter les déconvenues, reprend-elle, « la MSA conseille de signer un contrat d’entrée entre l’association et chaque ferme. L’association a plutôt décidé d’intégrer la banque de travail dans son règlement intérieur et que les procès-verbaux de l’assemblée générale annuelle (avec des potentielles évolutions de l’outil) font foi. » Ces choix ont été réalisés au lancement de la banque de travail, qui a nécessité près de 20 heures d’échanges.

Au 15 octobre dernier, 73 actions avaient été entrées dans l’outil pour 2025, soit 36 heures de main-d’œuvre prêtée, 3 heures d’outillage et 61 heures d’administration et animation de l’association. L’an dernier, « on a décidé d’y intégrer notamment les temps d’animation, car notre association cherche aussi à faire de l’ouverture au public, de l’éducation, détaille le producteur. C’est important pour nous et donc c’est bien que ce soit compté, au moins en partie, dans la banque de travail ».