« Les plantes, la biologie, le vivant m’ont toujours animé », sourit Pierre-Nicolas Grisel, ingénieur agronome de 43 ans qui a grandi en Région parisienne. Après une thèse et un doctorat qui l’ont mené au Brésil, il s’engage dans l’accompagnement des agriculteurs bio au sein du groupement des agriculteurs biologiques de l’Île-de-France : « J’ai découvert différents ateliers et vu qu’on pouvait vivre de ce métier. »
Après avoir pris contact avec la Safer, Pierre-Nicolas se porte acquéreur pour 5,5 ha qu’il convertit en bio et un bâtiment de 200 m² à Milly-la-Forêt, dans l’Essonne, à la fin de 2016. « Dans la foulée, j’ai installé des cabanons mobiles au sein d’un parc de 4 ha. En juin 2017, j’ai vendu mes premiers poulets de chair élevés en plein air. »
4 500 volailles
Aujourd’hui, neuf bâtiments mobiles de 45 m² chacun accueillent un total de 4 500 volailles. En 2018, Pierre-Nicolas construit une fabrique d’aliments « pour être indépendant ». Il achète du blé fourrager, du triticale et de la féverole à un voisin, du maïs et du pois aux coopératives locales, et des tourteaux de soja et de lin français.
Chaque lundi, il mélange, broie et distribue l’aliment ainsi fabriqué dans les petits silos mobiles accolés à chaque bâtiment.
Race rare et locale de gâtinaises
Chapons, poulardes et pintades élevés avant les fêtes complètent la gamme de volailles. Pour les poulets, il a choisi la race cou nu jaune « à croissance lente, avec un abattage entre 110 et 120 jours pour des poulets moyens à gros ».
Pierre-Nicolas élève également des gâtinaises. « C’est une race ancienne et locale que le parc naturel régional (PNR) du Gâtinais a souhaité réintroduire grâce à un partenariat avec le centre de sélection, de conservation et d’accouvage de Béchanne, dans l’Ain, indique l’éleveur. Le PNR subventionnait l’achat de poussins qui coûtent trois fois plus cher que le poussin cou nu. »
Croissance lente à « superlente »
Mais si ce dernier a une croissance lente, la gâtinaise a une croissance « superlente », puisqu’elle est abattue entre 160 et 210 jours pour 1,6 à 1,8 kg. Pour entretenir la race, Pierre-Nicolas élève entre 600 et 700 gâtinaises par an et a démarré la reproduction en 2025.
L’abattage et la découpe des volailles s’effectuent le mardi, à 40 minutes de route, en prestation chez des éleveurs du Loiret. Pierre-Nicolas livre le jeudi ses clients restaurateurs, bouchers et magasins Biocoop.
« J’apprécie d’avoir le retour direct du client sur mes volailles, c’est gratifiant ! » Une reconnaissance qu’il a aussi obtenue à travers une médaille d’or au Concours général du Salon de l’agriculture 2025.
Transformation des fruits
Dès 2017, les premiers arbres fruitiers ont été plantés. Pommiers, poiriers, cerisiers, abricotiers, framboisiers et cassis sont répartis sur le parcours des volailles, l’équivalent de 0,5 ha de verger, ainsi qu’un verger de 1 ha. Fruits et jus, réalisés en prestation, sont vendus à la boutique de la ferme, ouverte le samedi matin.

« Mon épouse prévoit de quitter son emploi pour s’installer et développer en 2026-2027 un atelier de transformation des fruits grâce à un investissement de 60 000 euros », anticipe Pierre-Nicolas. Avec son arrivée, l’activité de poules pondeuses, interrompue pour mettre en place l’atelier de reproduction des gâtinaises, pourrait également reprendre.
Autre projet pour 2026 : la réfection de la toiture de 200 m² du bâtiment où se trouve la fabrique d’aliment, grâce à un investissement de 150 000 euros subventionné à 50 % par la Région, l’État et l’UE.
Désamianter et poser des panneaux solaires
« Je veux protéger l’aliment des moineaux, qui peuvent transmettre des maladies. Ce sera l’occasion de désamianter la toiture et d’installer des panneaux solaires, fait savoir l’éleveur. La production électrique permettra de couvrir 40 % de la consommation de la ferme. »
En presque dix ans, de nombreux projets ont été menés, mais toujours en restant vigilant à la qualité de vie. « Je fais ce métier pour gagner ma vie et profiter de moments en famille », souligne le papa de deux garçons de 13 et 11 ans.