L’été 2025 a été compliqué pour la production laitière dans le Grand Ouest, confrontée à la fièvre catarrhale ovine (FCO) et aggravée par la chaleur, qui a fragilisé l’immunité des troupeaux et entraîné une baisse de production.
Mortalité, baisse de production et problèmes de reproduction
Selon une étude comparative entre 2024 et 2025 menée par Maud Hurault, data analyste chez Eilyps (1), 90 % des élevages Eilyps ont été touchés. Si la baisse estivale de production est habituelle, celle de 2025 s’avère bien plus marquée : un litre de lait vendu par vache et par jour de moins sur juin-juillet 2025 par rapport à 2024, soit environ 1 870 € de produit perdu (490 €/1 000 l, 45 j) pour un élevage de 85 vaches laitières (VL). La mortalité a également progressé de 25 %, atteignant 1,7 % sur le troisième trimestre 2025.
« Ces chiffres sont la partie visible de l’iceberg, souligne Étienne Fraslin, consultant Stratégie et projets chez Eilyps. Les effets cachés sur la reproduction se révéleront dans la durée. » Le comparatif montre un nombre plus important de vaches vides.
Vêlages décalés
Le taux de réussite en première insémination artificielle (IA) est tombé à 35 % aux deuxième et troisième trimestres 2025, contre 41 % et 44 % un an plus tôt, prolongeant l’intervalle vêlage-vêlage (IVV) et augmentant le mois moyen de lactation.
Les vêlages vont être décalés, entraînant une baisse de production. « Un jour de retard en IVV coûte 2,50 à 3 € de production. » Les conséquences se feront sentir sur le renouvellement : moins de génisses à naître et un creux à prévoir dans 18 à 30 mois. « Les échographies depuis octobre laissent espérer une amélioration en fin d’année, après un passage à vide de quatre à cinq mois », ajoute le consultant.

Chiffrer les pertes grâce au suivi GTE
Cette dégradation des performances techniques pèse directement sur les résultats économiques. Eilyps observe une baisse moyenne de la marge sur coût alimentaire de 1,22 €/VL/j entre mai et juillet 2025, soit plus de 3 100 € perdus sur deux mois. Le point bas se situe en juillet à 8,10 €/VL/j de marge sur coût alimentaire (MCA), contre un record de près de 10 € en avril.
Pour mesurer l’impact de la FCO et des coups de chaleur, les éleveurs doivent comparer les projections de la marge sur coût alimentaire avec FCO à celles initialement prévues (sans FCO). « Le différentiel intègre la baisse de lait, la moindre dépense alimentaire liée aux pertes d’animaux, la réduction des ventes de coproduits (veaux, réformes) tout en déduisant le coût alimentaire des génisses », détaille Étienne Fraslin.
Projection de trésorerie à six mois
Le suivi des marges de l’atelier en temps réel grâce à la gestion technico-économique (GTE) se révèle un outil important pour anticiper les dérives. « Ainsi, pour compenser, les producteurs devront accentuer le suivi des performances de reproduction (exemple : échographie mensuelle), avoir une vue à plus long terme du renouvellement (selon la situation, ne pas se limiter au juste nombre, faire plus de semences sexées) ou acheter des vaches. »
Ce suivi GTE doit s’accompagner d’une projection de trésorerie à six mois, afin d’anticiper les dépassements de découvert. « Aux pertes de production en lait et coproduits s’ajoutent les avances aux cultures sur la période hivernale et le printemps qui creusent la trésorerie », note Étienne Fraslin, s’appuyant sur l’outil Opti’Tréso.

Cette vision prévisionnelle permet d’ajuster la stratégie. L’agriculteur dispose de différents leviers pour agir : décapitalisation partielle de cheptel, ventes anticipées de céréales, recours à des avances de trésorerie sur les aides Pac ou prêt à court terme ou renégociation du plafond d’ouverture de crédit (OC), voire un étalement des dettes avec les fournisseurs.

« Il est essentiel de se mettre autour de la table avec ses partenaires, banque, comptable, coopérative, pour construire des solutions adaptées à chaque exploitation », conclut le consultant.
(1) Société de conseil en élevage en Bretagne, notamment en Ille-et-Vilaine et dans les Deux-Sèvres