Même quand on aime, on compte parfois. Éleveurs laitiers depuis trois ans et heureux de l’être, Romain Clavel et Noélie Fusillet, la trentaine, notent scrupuleusement leurs heures de travail. Autour de vingt par semaine chacun en juillet-août, un peu plus de trente en novembre, mai et juin.

Ces enfants d’agriculteurs, installés hors cadre familial à Marchamp (Ain), travaillent en moyenne « vingt-sept heures par semaine chacun, calcule Romain, qui inclut l’administratif et les formations, mais pas son implication bénévole dans l’Addear (1).

Peu de charges

Le travail d’astreinte nous occupe une heure trente à deux heures par jour, dont cinquante minutes de traite. » Celui qui tient lui-même la comptabilité nous rassure : « Économiquement, la ferme tourne bien. »

Avec la maximisation du pâturage, la monotraite et l’élevage des génisses en plein air, leur système ultra-simplifié génère peu de charges et facilite les remplacements. Ils peuvent ainsi passer du temps avec leurs filles.

« Nous tenions à habiter sur place pour que nos enfants partagent la vie de la ferme et éviter de perdre du temps sur la route, confie Noélie. Cette ferme nous plaisait aussi pour son parcellaire regroupé dans un rayon de 3 km. Nous pouvons faire le tour des bêtes rapidement. » La présence de bois offrant ombrages et abris naturels est aussi un atout.

Deux salaires en produisant deux fois moins de lait que le cédant

Cette perle rare a été trouvée après avoir visité une dizaine de fermes. Plutôt que de monter en production, le jeune couple a pris l’orientation inverse : conversion bio, alimentation tout herbe, monotraite. « La chambre d’agriculture avait un peu peur de ce projet sans agrandissement, sourit Romain, doté d’une expérience de conseiller chez Biolait.

Et encore : nous n’avions pas parlé de monotraite car c’était un objectif à moyen terme. Mais le prix du lait étant bien meilleur que prévu, nous y sommes passés dès que les stocks de maïs et tourteaux ont été finis. Les vaches se sont très bien adaptées. »

Romain et Noélie sortent deux salaires en produisant deux fois moins de lait que le cédant : à peine 110 000 l avec 38 vaches, sur 90 ha essentiellement en herbe.

La ferme est autonome : seuls les minéraux et le sel sont achetés. Le pâturage couvre près des trois quarts du bilan fourrager, complété par des stocks de foin et d’enrubannage. Au total, 45 ha sont fauchés chaque année, en additionnant les coupes.

Système herbager autonome

« Nous laissons du stock d’herbe sur pied à faire manger par les taries et les génisses en été. Et au lieu de faucher les regains, nous les faisons pâturer en hiver, reprend l’agriculteur. C’est une économie de temps et de carburant.

Le matériel s’use peu : les tracteurs font à eux deux 550 h/an. Les vaches dorment la nuit en bâtiment du 15 novembre au 10 mars, en système caillebotis et aire paillée avec un accès extérieur. Nous les nourrissons en cinq à dix minutes avec la dérouleuse. Pendant huit mois, il n’y a pas besoin de pailler. Et nous produisons très peu de fumier. »

Les génisses sont en plein air toute l’année, même si un bâtiment a été aménagé en cas de besoin. Elles vêlent autour de deux ans, et les femelles de renouvellement sont élevées sous cinq vaches nourrices. Les vêlages ont lieu de septembre à novembre et de février à avril, pour ne pas avoir à les gérer en été ni à Noël.

Un week-end libre par mois

En plus d’améliorer la qualité de vie au quotidien, cette conduite simple facilite la prise de congés. « Nous utilisons le service de remplacement pour prendre cinq à sept jours de vacances, trois fois par an, souligne Romain.

Et nous embauchons des connaissances pour nous libérer un week-end par mois : nous partons le samedi matin après la traite, il ne reste que celle du dimanche à gérer. » Un vrai bonheur, pour ce fils d’un éleveur laitier qui « travaillait 365 jours sur 365 ».

(1) Association départementale pour le développement de l’emploi agricole et rural.