La réglementation européenne pousse le secteur agroalimentaire à se pencher sur ses émissions de CO2. L’agriculture représente environ 12 % de l’empreinte carbone de l’Union européenne. Mais il existe jusqu’ici un trou dans la raquette : l’impact précis de chaque exploitation.

En Allemagne, la branche a pris le sujet en main. Elle a confié à l’organisme de certification QS le soin de développer un portail informatique unique au monde, baptisé « plateforme climat », pour calculer les émissions de CO2 de chaque producteur. L’instrument, lancé durant l’été 2025, se concentre dans un premier temps sur les élevages de porcs à l’engraissement. La participation est gratuite et volontaire.

Porcs à l’engraissement

« Les éleveurs doivent entrer des données sur le mode d’élevage, le nombre d’animaux, le fourrage, la consommation d’énergie », détaille Alexander Hinrichs, directeur de QS. Un contrôle technique de plausibilité est mené par le système informatique. Alexander Hinrichs n’exclut pas des contrôles « ponctuels sur place » pour vérifier les informations transmises.

La formule de calcul, unique quelle que soit la région de production, a été façonnée avec le soutien de deux chambres d’agriculture allemandes et de plusieurs centres de recherche spécialisés. Les premières salves de notes CO2 sont attendues prochainement. Les agriculteurs auront le choix de transmettre ces données aux transformateurs.

Des chiffres reconnus

Pour Alexander Hinrichs, l’exploitant peut aussi en tirer un avantage : « Chaque exploitant intéressé par une production durable veut connaître quels facteurs influent sur son empreinte carbone individuelle. Des mesures d’amélioration de l’empreinte carbone vont souvent de pair avec une optimisation de l’exploitation.

Par ailleurs, les assurances et les banques voudront savoir à l’avenir quelles sont les émissions de CO2 des exploitations qu’elles assurent ou financent. Ce sera un avantage de pouvoir présenter des chiffres reconnus dans tout le pays. »

Analyste marché de la fédération d’éleveurs porcins ISN, Klaus Kessing imagine que ce bilan CO2 puisse aider « à négocier de meilleures conditions avec les acheteurs ». À terme, il imagine que ces données puissent intégrer le cahier des charges de différents labels faisant la promotion d’un élevage vertueux.

« La distribution ne s’est pas encore positionnée, c’est encore trop tôt », prévient-il toutefois, tout en défendant le principe d’une rétribution sur le prix au kilo pour la mise à disposition des données.

Bientôt d’autres filières

L’entreprise de certification QS compte étendre le système dès 2026. Les préparatifs techniques sont en cours pour inclure les élevages de truies et de porcelets ainsi que la filière du bœuf et de la volaille. L’entreprise travaille même sur l’intégration des cultures maraîchères et fruitières.

« La différenciation des différentes productions et des méthodes de culture, ainsi que l’interconnexion internationale des chaînes d’approvisionnement constituent une tâche complexe d’un point vue méthodologique », reconnaît néanmoins Alexander Hinrichs.