« Nous n’avons pas encore observé de contaminations entre élevages. L’apparition des foyers reste sporadique et les départs de feu ont pour l'instant été circonscrits. Mais tout peut évoluer très vite ». Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l’aviculture (CFA) et de l’interprofession de la volaille de chair (Anvol), retient son souffle. Et pour cause : en France, au 28 novembre 2022, 80 foyers en élevage d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) étaient recensés depuis le début de la saison 2022-2023 le 1er août, dans un contexte d’endémisation du virus chez les oiseaux sauvages.

Depuis le 11 novembre, l’ensemble du territoire métropolitain est passé en risque « élevé » vis-à-vis de l’IAHP, synonyme, entre autres, de claustration pour tous les élevages. Sur le terrain, le désarroi se fait sentir. « Une approche plus fine du niveau de risque est nécessaire, estime Jean-Michel Schaeffer. Elle doit tenir compte des spécificités des territoires et des modes de production. » Une saisine de l’Anses est en cours. « Nous attendons les résultats avec impatience », insiste le président de la CFA.

Pour sa part, le Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf) assure que « son mode d’élevage de plein air n’est pas un facteur de risque supplémentaire pour les volailles de chair ». Il demande aux pouvoirs publics « la sortie possible des volailles de chair sous label rouge et bio dès huit semaines [contre dix semaines actuellement, NDLR], le doublement de la surface de parcours réduit, sous condition pour chaque éleveur d’avoir obtenu un audit biosécurité favorable ». Sur ces doléances aussi, des réponses de l’Anses sont attendues dans les prochaines semaines.

« Ce n’est plus supportable »

Considérant que les mesures de mise à l’abri « ont fait preuve de leur inefficacité », la Confédération paysanne encourage de son côté le lancement d’une « expérimentation d’analyse de risques à l’échelle de chaque élevage ». « L’idée est d’évaluer l’ensemble des modèles de production grâce à un panel représentatif, d’étudier le risque sur le terrain et d’adapter les mesures de biosécurité en fonction, détaille Nicolas Girod, secrétaire général du syndicat. Ces travaux doivent être menés rationnellement. Il faudrait qu’ils puissent débuter dès cet hiver. » D’après lui, des pourparlers sont en cours avec la DGAL (1) pour faire aboutir cette proposition.

La Coordination rurale du Lot-et-Garonne affirme également son désaccord avec les règles de prévention contre l’IAHP.  « Ce n’est plus supportable, s’exaspère Pascal Béteil, son président. Lorsque les animaux sont enfermés, ils se battent. Cela crée des déclassements à l’abattoir, pouvant causer jusqu’à 40 % de dévaluation d'un lot. Ce sont les éleveurs qui paient. » Le syndicat exige « la fin des claustrations, l’arrêt des autocontrôles et tests avant chaque déplacement, la commercialisation des animaux consommables et zéro abattage. » Le 28 novembre, la chambre d’agriculture du département (2) a même voté une motion enjoignant l'arrêt de la mise à l’abri obligatoire, et le déclenchement des abattages seulement à partir d’un certain seuil de mortalité.

Désespoir à la mesure des efforts

Mais si un foyer se déclare, des réfactions d’indemnisations sont prévues en cas de manquement aux règles sanitaires. Dans une circulaire diffusée le 28 octobre, le ministère de l’Agriculture a identifié quatre infractions pouvant faire l’objet d’une telle sanction : le non-respect de l'obligation de déclaration de l'établissement, le non-respect des conditions de biosécurité dont la mise à l'abri, le non-respect de déclaration des entrées et sorties de lots de volailles, et pour les zones réglementées, le non-respect des obligations fixées dans l'arrêté préfectoral. Jusqu'à 50 % du montant total de l’indemnisation envisagée peut être retiré.

Pour François Landais, docteur vétérinaire dans les Pyrénées-Atlantiques spécialisé dans les palmipèdes, « le désespoir des éleveurs est à la hauteur des efforts qu’ils ont fournis ». Le praticien juge les outils de prévention actuels « mortifères » pour les filières et envisage la vaccination comme une « lueur d’espoir pour mieux maîtriser le virus ». Il faudra pourtant faire sans pour la saison en cours.

Selon le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras, le vaccin ne sera pas prêt avant la fin de 2023. En attendant, la filière mettra en œuvre son « plan Adour » dans le Sud-Ouest entre le 15 décembre et le 15 janvier prochain, visant à synchroniser des vides sanitaires en élevage. Elle espère ainsi « éviter un nouveau drame ».

(1) Direction générale de l'alimentation.

(2) Dont les dernières élections ont été remportées par la Coordination rurale.