Tous les éleveurs qui ont croisé la route de la nouvelle forme de Wohlfahrtia magnifica la redoutent prodigieusement. « Les larves de cette mouche provoquent des douleurs intenses aux animaux atteints, déclare Emmanuel Garin, épidémiologiste de la Fédération nationale des groupements de défense sanitaire (GDS France). Elles pénètrent de manière importante dans les chairs des ovins (1). Dès l’apparition des parasites, un suivi quotidien s’impose pour traiter les bêtes. Les soins sont très lourds à gérer tant sur le plan psychologique qu’en raison de la charge de travail qu’ils impliquent. »

Ponte dans les zones humides

L’observation de la mouche adulte s’avère compliquée car elle se comporte de manière discrète et fugace. « Wohlfahrtia magnifica dépose directement la larve sur un animal vivant en privilégiant les plaies, l’espace interdigité, les zones humides comme la vulve ou le conduit auriculaire, explique le scientifique. La lésion occasionnée par la boucle peut aussi constituer une voie d’entrée. » La vigilance, lors de l’observation du troupeau, doit donc être de mise. Toutes les boiteries peuvent être suspectes. « Même les plus légères, ajoute-t-il. Lorsqu’on regarde entre les onglons de plus près, on s’aperçoit parfois que les larves blanches sont présentes en nombre (jusqu’à plusieurs dizaines). » Dès l’observation de larves dans un orifice, une plaie ou encore au niveau de l’espace interdigité, il peut s’agir de larve de la mouche Wohlfahrtia magnifica. Pour en avoir le cœur net, mieux vaut contacter le GDS et le vétérinaire de l’exploitation et réaliser des analyses en laboratoire.

« La maladie peut concerner jusqu’à 30 % des animaux d’un même troupeau », ajoute l’expert. Les brebis atteintes doivent être conduites en bergerie. La mouche ne s’aventure que rarement à l’intérieur des bâtiments fermés. Un plan de traitement, comprenant notamment l’application d’un antiparasitaire, est mis en place avec son vétérinaire. Il vise à soulager l’animal de la douleur et à soigner la plaie pour limiter la surinfection et la réinfestation.

Beaucoup d’inconnues planent encore autour de ce parasite. « On ne sait pas pourquoi, par exemple, quelques élevages ne sont pas forcément touchés d’une année sur l’autre », observe Emmanuel Garin. Cela offre des perspectives d’espoir. « La maîtrise des facteurs de risque reste un des éléments clés pour limiter l’impact de la maladie, insiste le vétérinaire. Cela consiste en premier lieu à gérer les affections du pied le plus efficacement grâce à un protocole réfléchi. La moindre lésion doit être également soignée le plus rapidement possible. »

M.-F. M.

(1) Les ovins sont majoritairement atteints. Des cas sur les bovins, équins, porcins ou canins ont également été observés.