Il y a d’abord l’évolution de la Pac, la perte d’influence de la France sur les questions agricoles, les négociations commerciales internationales où l’agriculture devient une variable d’ajustement, et des choix politiques français malheureux tels que l’agroécologie et la « montée en gamme ».
Tout ce qui a été fait pour promouvoir l’agroécologie n’a jamais tenu compte du revenu des agriculteurs. Des conditions agro-environnementales sont imposées sans poser la question du revenu. L’agroécologie est un miroir aux alouettes. On a mené les agriculteurs dans le mur, avec une perte de compétitivité qui a entraîné des importations.
Concernant la « montée en gamme » décidée en 2017 par le président de la République en accord avec les organisations agricoles, cela a été un fiasco. Ce choix politique malheureux a été percuté par la crise du Covid et les contraintes de pouvoir d’achat des Français. La consommation s’est retournée dans le bas et le moyen de gamme. La France a donc perdu en savoir-faire, tout en ouvrant davantage les portes aux importations.
Il faut d’abord trouver un juste milieu entre les objectifs de protection de la biodiversité et de souveraineté alimentaire. Aujourd’hui, toutes les réglementations sont bâties sur la biodiversité aux niveaux national et européen. Mais il n’y a rien, hormis des incantations politiques, sur la souveraineté alimentaire.
Un consensus doit être trouvé pour une meilleure souveraineté alimentaire par une politique foncière adaptée. Le concept de « land sharing et land sparing » permet d’arbitrer entre une stratégie de « conciliation » ou de « séparation ». Dans le premier cas, on produit peu, partout, pour protéger la biodiversité. Dans le deuxième, on priorise une agriculture intensive dans certains territoires, et dans d’autres, on donne la priorité à la protection de la biodiversité.
Le choix est à faire entre ces deux modèles selon les régions. Quand on sait que, chaque année, de 20 000 à 40 000 hectares au moins de surface agricole sont abandonnés, il est temps de s’interroger sur la pertinence des arbitrages fonciers actuels et de la politique de contrôle des agrandissements.
Je rappelle d’abord qu’au cours des trente dernières années, c’est la baisse du nombre des agriculteurs qui a permis de préserver le revenu individuel de ceux qui restaient. Continuer à pousser l’installation de jeunes n’a pas de sens au regard des questions liées au revenu des agriculteurs en place.
Les exploitations déjà présentes doivent pouvoir s’agrandir car ce sont les plus grandes qui tirent le plus de revenu. Ensuite, il faut libérer les « énergies » et repenser les politiques françaises en soutenant les industries agroalimentaires, qui transforment 70 % de la production agricole, pour qu’elles puissent continuer à s’approvisionner en produits français, à investir et à exporter.
Autre élément essentiel, les agriculteurs doivent devenir des « énergiculteurs ». Aujourd’hui, le coût de l’énergie dans les exploitations correspond en moyenne à 6 % des charges. Il atteindra 30 % d’ici à une vingtaine d’années si rien n’est fait. Les agriculteurs doivent produire de l’énergie et l’autoconsommer.
Plus largement, il faut changer de logiciel : abandonner les dispositifs de contrôle des mutations foncières actuels devenus obsolètes, arrêter la loi Egalim qui ne fonctionne pas, est inflationniste et ne protège pas le revenu des agriculteurs. Et enfin, « dégraisser le mammouth » qui paralyse et coûte cher, que ce soit du côté de l’État ou des organisations agricoles.
(1) « La Tragédie agricole française », aux éditions L'Harmattan.