Dans un rapport publié le 17 février 2026, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) s’est intéressé à la compétitivité des exploitations françaises ainsi qu’à ses faiblesses par rapport à ses principaux concurrents. L’analyse repose sur trois productions, dont les céréales et le lait, pour l’année 2021. Une année classique en termes de prix de marché et d’aléas climatiques, justifie le CGAAER.

Extensification de la production céréalière

L’analyse se concentre sur les exploitations dont le produit brut standard (PBS) est compris entre 100 000 € et 500 000 € et qui réalisent la majorité de la production céréalière.

Sur les céréales, le CGAAER se concentre sur trois pays concurrents de la France : l’Allemagne, la Pologne et la Roumanie qui ont récolté respectivement 16 %, 13 % et 8 % de la production européenne totale. Sur les cinq dernières campagnes, la France reste le premier exportateur européen et représente 24 % de la production céréalière de l’UE.

Les exploitations roumaines présentent des performances économiques supérieures à leurs homologues. Malgré une productivité faible — pour générer le même chiffre d’affaires théorique, les exploitations roumaines ont besoin de 1,5 fois plus d’hectares que leurs homologues françaises — elles présentent une bonne efficience. Le produit brut généré par les fermes roumaines est élevé, proche de celui des fermes allemandes et françaises, tout en mobilisant plus d’hectares et de travailleurs. « La gestion extensive roumaine est rendue possible par les grandes surfaces et le faible coût du travail », pointe le CGAAER.

Les exploitations céréalières françaises ont davantage recours aux ETA (entreprises de travaux agricoles) et au leasing, tandis que les fermes roumaines et polonaises font appel au salariat. Les frais généraux des exploitations roumaines sont ainsi deux fois moins élevés que leurs homologues françaises.

La France se distingue par sa maîtrise des coûts liés aux intrants, nettement moins élevés qu’en Allemagne. Le CGAAER évoque d’ailleurs une gestion française « intensive » pour maximiser l’efficacité des rendements. « À l’avenir, la diminution des intrants pèsera plus fortement en France », alerte-t-il. Le CGAAER recommande ainsi de « réinterroger les orientations des politiques agricoles pour permettre des dynamiques d’agrandissement » et favoriser l’extensification du système.

Augmenter la productivité laitière

L’analyse se concentre sur les exploitations bovines spécialisées dont le produit brut standard (PBS) est compris entre 100 000 € et 500 000 € et qui réalisent la majorité de la production laitière. Les concurrents de la France sont l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas. À noter que la proportion d’exploitation laitière de taille importante est deux fois plus élevée en Allemagne, et cinq fois plus aux Pays-Bas qu’en France.

« L’agrandissement n’apparaît pas nécessairement comme un objectif car le différentiel de compétitivité observé s’accroît lorsque la dimension de l’exploitation augmente », prévient le CGAAER. Car entre les exploitations françaises avec un produit brut standard entre 100 000 € et 250 000 € et celles avec un PBS entre 250 000 € et 500 000 €, l’EBE (excédent brut d’exploitation) ne progresse que de 28 %. En Pologne, il croît de +119 % et aux Pays-Bas de +95 %. Sur les exploitations avec un PBS entre 250 000 € et 500 000 €, à nombre d’UGB (1) égal, les vaches allemandes produisent en moyenne 1 200 l de lait par UGB supplémentaire par rapport aux vaches françaises, soit un différentiel de 100 000 € par exploitation.

Si le nombre de vaches par exploitation est élevé en France, le rendement moyen laitier est toutefois inférieur à celui des pays concurrents. La France est pénalisée par la part de vaches faiblement productives au sein du troupeau, souligne le CGAAER.

Par ailleurs, la productivité en matière grasse et matière protéique est insuffisante. Le prix du lait est certes plus stable en France, mais il ne bénéficie pas des opportunités lorsque la cotation beurre/poudre part à la hausse. Le CGAAER recommande de « travailler sur la rémunération pour intégrer une meilleure valorisation des matières grasses, tout en incitant à augmenter la productivité des vaches laitières ».

« La mission considère que ces résultats confortent un besoin urgent de lever certains blocages sociétaux liés à l’acceptabilité de l’agrandissement des fermes et la création de bâtiments d’élevage pour les exploitations dont la production est en concurrence avec celle d’autres pays », conclut le CGAAER.

(1) Unité gros bovin.