La levée d’une zone réglementaire de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ne rime pas toujours avec réouverture de l’export. Même si la zone passe en catégorie dite « vaccinale », l’éligibilité aux exportations des animaux se fait commune par commune, et sous des critères très contraignants selon les pays de destination. Donc, en théorie, les exports ont pu reprendre pour les animaux vaccinés contre la DNC, mais en pratique, qu’en est-il vraiment ?
« C’est une reprise timide [de l’export] puisqu’elle est assortie de beaucoup de conditions, explique Marie-Christine Le Gal, la directrice générale adjointe de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), lors d’une table ronde au congrès de la fédération nationale bovine (FNB) ce mercredi 4 février 2026. Les pays ont le droit de nous imposer ce qu’ils veulent ». La réglementation européenne prévoit des conditions à l’export depuis une zone vaccinale, mais même en cochant toutes les cases, les pays récepteurs ne sont pas obligés d’accepter nos animaux. C’est pourquoi Marie-Christine Le Gal, en charge des négociations avec nos clients habituels, tente de gagner du terrain progressivement. « L’objectif est de les convaincre de dire oui, même si les conditions ne sont pas celles que nous aurions souhaité, confie-t-elle. Il faut d’abord créer le lien de confiance, puis quand tout se passe bien, on tente de lever certaines conditions ». C’était le cas par exemple d’une exigence qui voulait que 100 % des bovins autour de l’exploitation soient valablement vaccinés. « Dans la réalité, cela n’existe pas. Nous avons réussir à convenir 75%, soit l’immunité collective ».
Les éleveurs privilégient l'Espagne
L’Italie est particulièrement exigeante, puisqu’elle impose – entre autres – un test PCR. « Je préfère envoyer mes animaux vers l’Espagne qui ne demande pas de PCR, témoigne un éleveur dans la salle. Avec le test, il y a toujours l’épée de Damoclès d’un animal positif ! ». Cette condition est actuellement au cœur des négociations avec la Botte, et la France table sur deux arguments lourds. « La demande espagnole est dynamique, on sent qu’ils ont besoin de nos veaux, explique Marie-Christine Le Gal. Et le fait que le test PCR dissuade nos éleveurs est un argument supplémentaire ».
Pourtant, malgré un fort besoin en animaux des deux côtés de l’Hexagone, la crainte se fait sentir. « Nous avons très rapidement senti une distance avec les éleveurs italiens, signale Patrick Bénézit, président de la FNB. Quand on nous dit qu’ils ont besoin d’animaux et qu’ils les prendront toujours, ce n’est pas ce que l’on a ressenti ». Cette crainte légitime concerne même les zones indemnes en France, parfois réticentes à accueillir des animaux issus des zones vaccinales. « Normalement, un broutard vacciné, c’est une garantie sanitaire supplémentaire ! S’étonne Michel Feneon, président de la commission import-export à la fédération française des commerçant en bestiaux (FFCB). Les accords bilatéraux, c’est ce qu’il y avait de plus urgent pour valoriser ces broutards vaccinés. Aujourd’hui, nous faisons des camions de lots vaccinés ». Avec son lot de difficultés. « On ne peut pas mélanger dans un camion un lot vacciné et un non vacciné, poursuit Michel Feneon. Et cela même si on les met dans deux remorques différentes, et que tout va chez le même client ».
Vers un arrêt de la vaccination ?
Malgré la complexité d’une autorisation d’export par commune, les envois reprennent doucement. Reste à voir quelles conditions la DGAL parviendra à lever les barrières. Dans la réglementation, les restrictions sont appliquées jusqu’au retour du statut indemne, c’est-à-dire 14 mois après la dernière vaccination.
Le lundi 9 février, la ministre de l’Agriculture discutera d’une poursuite ou non de la vaccination dans les zones vaccinales. « Le jour où l’on va décider d’arrêter la vaccination, il restera encore 14 mois. C’est intenable avec les flux tels qu’ils sont aujourd’hui, confie Philippe Dumas, président de Sicarev. On se doit de donner des perspectives aux éleveurs des zones concernées »