« La baisse des cours du colza depuis un mois est due à deux grands facteurs. Le premier, et le principal, est le prolongement du corridor en mer Noire pour 120 jours supplémentaires. L’officialisation du renouvellement de l’accord entre l’Ukraine, la Russie, les Nation unies et la Turquie a eu lieu le 17 novembre 2022. Avant cette date, les prix du colza et du tournesol ont chuté par anticipation, les opérateurs ayant intégré par avance ce prolongement. Les flux d'oléagineux depuis l'Ukraine, et notamment de tournesol, ont pu retrouver un rythme d'exportation correct, de quoi détendre le commerce mondial et faire pression sur le complexe oléagineux. Les marchés du tournesol et du colza se sont ainsi nettement repliés.

Le deuxième facteur réside dans les importations très dynamiques de colza et canola en Europe. Entre le 1er juillet et le 22 novembre, nous en avons acheté 2,9 millions de tonnes, principalement en provenance de l’Ukraine et de l’Australie. Il s’agit d’un niveau très important : en moyenne des cinq dernières années, l’Europe en importe 2,3 millions de tonnes à cette même période. Nous avons ainsi acheté près de 25 % de plus par rapport à une année classique. 

D’un déficit au printemps résultant de la mauvaise récolte de 2021, nous sommes ainsi passés à des disponibilités importantes. Cette année, la récolte a en effet été bonne en Europe, à plus de 20 millions de tonnes, et est complétée par des importations dynamiques. »

Perspectives de prix

« Après avoir perdu près de 70 €/t en quelques semaines, nous pensons que le colza va arrêter de chuter dans les prochaines semaines. Les prix devraient s’installer entre 575 €/t, un point bas qui fera office de support et 600 €/t au maximum.

Depuis le mois de novembre, le colza est la culture du complexe oléagineux qui a le plus baissé. Dans le même temps, le soja s’est maintenu à Chicago. Au sein du complexe oléagineux, c’est l’élément de soutien principal du colza. En Argentine, les semis de soja sont retardés par le manque de précipitations, faisant baisser le potentiel de rendement. Par ailleurs, la demande en soja aux États-Unis est très soutenue, qu’il soit à destination de la Chine ou de la filière des biocarburants. À cela s’ajoute le soutien de l’huile de palme, qui est très demandée à l’international alors que des soucis logistiques en Indonésie et en Malaisie engendrent de la tension sur le marché.

La récolte de colza et canola est record cette année chez les principaux producteurs : l’Europe, le Canada, l’Ukraine et l’Australie en ont produit 50 millions de tonnes. C’est principalement cet élément qui fait que le colza ne pourra pas s’installer de manière pérenne au-dessus de 600 €/t sans élément de tension supplémentaire au sein du complexe oléagineux. Les fondamentaux propres au colza limitent son potentiel de hausse. »