« Issu du milieu ouvrier, j’ai été sensibilisé à la cause des très petites retraites agricoles par mon environnement. Je vis dans un village rural de 500 habitants, Saint-Amant-Roche-Savine, dont j’ai été le maire. J’ai aussi été interpellé par des retraités de l’Anraf (1) sur leurs conditions de vie.

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La revalorisation du minimum de pension de 75 à 85 % du Smic net (loi dite « Chassaigne 1 » votée en juin 2020) est entrée en vigueur le 1er novembre 2021. Ça a été un long combat puisqu’il faut remonter à une proposition de loi que j’ai déposée en 2016. Quand je l’ai écrite, je l’ai volontairement limitée aux chefs d’exploitation, en accord avec l’Anraf et les syndicats agricoles, avec des critères très stricts de carrière complète. J’avais conscience que si on y mettait les conjointes en plus, on n’y serait pas arrivé.

Des effets à corriger

Une fois cette première étape franchie, je m’étais engagé à travailler en faveur des aides familiaux et des conjoints collaborateurs. C’est l’objet de la seconde loi qui a été votée à l’unanimité le 9 décembre 2021 (dite « Chassaigne 2 ») et qui sera applicable le 1er janvier 2022. La MSA m’a indiqué qu’il pourrait y avoir un peu de retard dans les verse­ments­, compte tenu des difficultés techniques de mise en œuvre. Quoi qu’il en soit, il y aura un effet rétroactif des re­valorisations­ au 1er janvier 2022.

Toutefois, beaucoup restent exclus d’une retraite digne. Ainsi, un chef d’exploitation qui n’a pas de carrière complète à cause d’une période d’inaptitude au travail se trouve évincé de la retraite à 85 %. J’ai déjà posé une question écrite au gouvernement au sujet de cet effet pervers qu’il faut corriger.

Autre point de désaccord : l’introduction de la mesure “d’écrêtement” par la majorité présidentielle pour les 85 %. Elle implique qu’un assuré ayant cotisé à différents régimes ne peut percevoir le complément de retraite s’il dépasse 85 % du Smic, toute pension cumulée. Cet écrêtement a évacué un tiers des bénéficiaires potentiels de ma proposition de loi. C’est une forme d’injustice.

C’est pourquoi, si je suis réélu, je vais continuer le combat. Pas tout seul bien sûr ! Ma façon de travailler, c’est de rassembler des parlementaires de toutes sensibilités qui ont le même objectif. Concernant la loi Chassaigne 1, il faut conduire une bagarre pour les polypensionnés et pour les exclus en raison d’une inaptitude au travail.

Solidarité nationale

Pour les conjointes, la seule solution pour améliorer leur pension, c’est d’obtenir des points gratuits. Ce serait reconnaître que les femmes ont travaillé autant que leur mari. Personne ne peut contester qu’elles ont mené une activité professionnelle réelle, physique et continue sur les fermes. La solidarité nationale doit leur bénéficier eu égard aux services rendus.

Avec l’abandon de la réforme des retraites par le gouvernement, ces lois servent les retraités actuels, mais aussi les futurs. Elles sont le premier signe d’une prise de conscience, mais il faut aller plus loin. Je suis déterminé. »

Propos recueillis par Aurore Cœuru

(1) Association nationale des retraités agricoles de France.