La station Inrae de Nouzilly, en Indre-et-Loire, a débuté ses travaux sur l’agroforesterie en parcelle drainée en 2014, avec la plantation de deux parcelles agroforestières : la première (P1) de 6,82 ha, et la seconde (P2) de 8,08 ha. Dans cette première étape, l’association Arbor et Science (Maine-et-Loire) a accompagné l’Institut.

Pour la plantation, « nous avons retenu une densité finale de 39 arbres par hectare et nous avons choisi des essences à vocation “bois d’œuvre” : l’alisier torminal, le cormier, l’érable sycomore, le merisier Avessac ou Gardeline et l’orme lutèce », explique Yves Gaborit, son directeur.

Dans la parcelle P1 ci-dessus, les alignements d’arbres ont été plantés perpendiculairement aux drains. (© Inrae)

Le dispositif mis en place intègre trois modalités : dans la parcelle P1, les alignements d’arbres ont été plantés perpendiculairement aux drains. Dans la parcelle P2, selon deux secteurs, ils sont placés parallèlement aux drains ou sur les drains.

Une zone témoin sans arbre — dite « zone agricole » — est laissée dans chaque parcelle. Enfin, un passage de sous-soleuse a été réalisé chaque année pendant les trois premières années qui ont suivi la plantation puis tous les trois ans.

Dans la parcelle P2 ci-dessus, les arbres ont été plantés parallèlement aux drains ou sur les drains. (© Inrae)

Des rendements supérieurs

Depuis 2016, l’Inrae réalise des mesures de rendement différenciées entre les zones avec et sans arbres. Les premiers résultats de ce travail ont été présentés au mois d’octobre 2025, dans le cadre de la journée « Carrefour Carbone » (lire encadré).

Dans la parcelle P1, « sept années sur neuf, la zone agroforestière a produit plus que le témoin agricole », indique Benoît Luwez, technicien Inrae et responsable du dispositif. À titre d’exemple, en 2018, l’écart frôle 3 q/ha en blé tendre d’hiver (68,77 q/ha en agroforesterie contre 65,83 q/ha).

Mesurer les variations de sols

L’année suivante, en orge d’hiver, il est de 2 q/ha (51,87 q/ha contre 49,81 q/ha). Quant au maïs grain (non irrigué), l’Institut indique pour 2020 un rendement de 44,9 q/ha en zone agroforestière et de 41,06 q/ha en zone agricole.

Concernant la parcelle P2, sur les vingt mesures réalisées dans les zones agroforestières entre 2016 et 2024, « dix sont supérieures au témoin agricole ». L’Inrae de Nouzilly prévoit aujourd’hui de compléter ces mesures en mesurant les variations de sols.

« Il est en effet possible que ces différences [de rendement, NDLR] soient simplement dues à des variations de fertilité entre les zones agroforestières et les zones témoins, et non à un impact positif éventuel des bandes arborées », précise l’Institut.

Des radicelles dans les drains

L’expérimentation agroforestière menée à Nouzilly depuis 2014 vise aussi à étudier l’impact des arbres sur les drains. Le système de drainage en place date des années 1970. À l’époque, les drains ont été posés tous les vingt mètres et enterrés dans un horizon qui varie de 0,80 à 1 mètre de profondeur.

Les premières observations ont été réalisées en 2023 dans la parcelle P2, dans la zone où les arbres sont positionnés sur les drains. Dix ans après la plantation, « nous avons trouvé des radicelles dans le drain mais celui-ci n’est pas bouché.

L’eau continue de circuler et en surface, le sol n’est pas dégradé », observe Benoît Luwez. Pour compléter ces premières données, l’Institut envisage aujourd’hui une exploration par caméra.