En Inde, le gouvernement met les bouchées doubles pour développer l’incorporation d’éthanol dans l’essence et renforcer son ambition en matière d’énergie verte. Le programme national E20 fixait l’objectif d’atteindre 20 % d’incorporation en 2030. Cet objectif a été atteint en 2025, alors que le taux d’incorporation d’éthanol était seulement de 1,53 % en 2014 et 15 % en 2024. La capacité totale de production du pays a atteint environ 1 990 millions de litres en novembre 2025, selon plusieurs rapports. Cela a permis de réduire les émissions de dioxyde de carbone de 69,8 millions de tonnes et de diminuer la dépendance du pays aux combustibles fossiles, se félicite le gouvernement.
Une énergie pas si verte
En Inde, l’éthanol est principalement produit à partir de la canne à sucre, une culture qui nécessite une grande quantité d’eau. Cela exerce une forte pression sur les nappes phréatiques dans les États où elle est largement produite, comme l’Uttar Pradesh, le Maharashtra et le Karnataka. Les experts affirment que le choix du gouvernement de développer l’incorporation d’éthanol n’est pas écologiquement durable car la production de canne à sucre et de sucre est concentrée dans des zones où l’eau est rare. « Il devrait y avoir une politique très active pour stopper la production de canne à sucre dans ces zones », affirme Himanshu Thakkar, coordinateur du South Asia Network of Dams, Rivers and People — un réseau informel d’organisations et d’individus œuvrant dans le secteur de l’eau. Ce dernier estime que le pays devrait « aller vers davantage d’énergie renouvelable comme le solaire et l’éolien », et « améliorer l’efficacité de l’électricité et des carburants », plutôt que de miser sur l’éthanol.
Les sucreries et les distilleries figurent, par ailleurs, parmi les industries les plus polluantes en Inde. En Uttar Pradesh, où la production de canne à sucre est importante, 56 sucreries déversent jusqu’à 85,7 millions de litres par jour dans les rivières, selon plusieurs rapports.
Pas de bénéfice direct pour les producteurs
De leur côté, les producteurs de canne à sucre affirment qu’ils ne tirent aucun bénéfice direct du programme de développement mis en place par le gouvernement. « La plupart continuent de lutter pour obtenir des prix rémunérateurs et certaines sucreries tardent à payer les producteurs », explique Ashok Dhawale, président de la All India Kisan Sabha (aile agricole du Parti communiste indien).
Neraj, un agriculteur propriétaire de champs de canne à sucre à Vikasnagar, au nord de l’Uttarakhand, ignorait l’existence du programme national en faveur de l’éthanol. « Seuls les grandes sucreries et les acteurs industriels bénéficient des profits liés à l’éthanol et au sucre », explique Usha Tomar, agricultrice et responsable d’État de la Bharatiya Kisan Union (syndicat d’agriculteurs) dans l’Uttarakhand. Elle relève que le problème le plus important des producteurs reste le prix d’achat de leur production et le manque d’installations de stockage, qui les oblige à vendre en dessous de leur coût de production aux transformateurs.
Si les agriculteurs doivent tirer un bénéfice direct du développement de la production d’éthanol, « cela ne passera que par la mise en place de prix minimum de soutien. Ouvrez le marché — nous n’avons aucune objection. Mais fixez un prix minimum légal d’achat », revendique-t-elle.