Le ministère de la Transition écologique et solidaire a entrouvert la porte à l’agrivoltaïsme en 2017. La pratique est officiellement définie comme une « synergie de fonctionnement entre une production agricole principale et photovoltaïque secondaire ». Céline Mehl, responsable de la filière pour l’Ademe (1), déplore « une définition à la fois claire et difficile à évaluer précisément. Démontrer cette synergie implique d’avoir des éléments tangibles et quantifiables qui ne seraient pas sujets à interprétations », explique-t-elle.

L’ingénieure pilote une étude démarrée en janvier 2020, qui devrait se finaliser en 2021. L’objectif est de faire un état des lieux des expériences menées, bonnes ou mauvaises. « J’invite ceux qui ont connaissance d’un projet, en cours, abouti ou avorté, à faire remonter à l’Ademe des retours. Nous voulons intégrer tous les enjeux et aboutir à une définition de critères de pertinence. »

Un sujet sensible

Céline Mehl explique que « ces résultats sont impératifs pour déterminer et poser les garde-fous nécessaires sur ce sujet sensible, qui divise beaucoup. Nous avons constitué un comité technique. Il regroupe des experts du photovoltaïque mais aussi de l’Inrae, des instituts techniques agricoles, des Dreal (2), de la Safer et des cabinets d’étude. Les syndicats agricoles seront également consultés. Tout le monde s’entend sur le fait que la production agricole doit être au centre des projets. Il peut s’agir d’une amélioration de la production quantitative ou bien qualitative. Par exemple, les qualités organoleptiques des productions fruitières ou viticoles seront aussi prises en compte. »

Christian Dupraz, directeur de recherche à l’Inrae de Montpellier, encadre des travaux sur l’agrivoltaïsme depuis une dizaine d’années. Il rappelle d’emblée « une chose très importante : accepter une dégradation de la production agricole serait une erreur. De graves abus ont déjà été commis avec les serres dites “alibis”, 200 ha ont été volés à l’agriculture dans les Pyrénées-Orientales. On a fait croire à des gens que des serres pouvaient fonctionner avec une toiture couverte à 70 % de panneaux solaires. C’est grossier, les plantes ont besoin de lumière pour la photosynthèse. La densité de panneaux doit être bien plus faible que dans une centrale photovoltaïque classique. L’installation doit être au service de la production agricole. Des systèmes très prometteurs sont en développement, notamment en agrivoltaïsme dynamique. Et la recherche sur le sujet ne fait que commencer. »

Réversibilité

Pour Céline Mehl comme pour Christian Dupraz, la réversibilité totale de l’installation est également un critère essentiel. La durée de vie des panneaux actuels est estimée à une trentaine d’années. « Il est impératif de veiller à préserver le potentiel agricole du sol au moment de l’installation et de penser à l’après, précise le chercheur montpellierain. Sur nos dispositifs expérimentaux par exemple, les poteaux sur lesquels sont fixées les structures photovoltaïques sont vissés dans le sol. Ils ont été dimensionnés pour ne pas nécessiter le moindre engin de chantier lourd, qui tasserait le sol et nuirait à son potentiel agronomique. Si l’on souhaite se débarrasser de la structure, on dévisse les poteaux en utilisant de nouveau du matériel léger et c’est comme s’il n’y avait rien eu. La terre reste agricole et doit le demeurer. » Le chercheur préconise aussi l’absence de loyer supérieur au fermage agricole, pour éviter une spéculation foncière.

Gildas Baron

(1) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

(2) Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.