Face à la recrudescence des vulpins en fin de campagne, Arvalis a exploré différentes hypothèses pour expliquer ce phénomène constaté depuis plusieurs années. Les observations dans les parcelles montrent que les vulpins développés sont plutôt issus de levées automnales et hivernales. L’institut technique a donc d’emblée abandonné l’hypothèse d’adventices ayant une levée préférentielle au printemps et qui échappent aux désherbages d’automne.

Stocks semenciers importants

La présence de très gros stocks semenciers, issus d’échecs successifs de désherbage, serait ainsi la meilleure explication. « Il y a toujours eu des levées échelonnées de vulpins mais le stock semencier est plus important qu’avant, donc ils se remarquent davantage », confirme Ludovic Bonin, responsable du pôle en charge des flores adventices chez Arvalis.

« Même si les herbicides sont efficaces à 95-98 %, sur une population de 500 à 1 000 vulpins par m², il restera des individus, qui pourront se reproduire et faire des graines, poursuit-il. 10 vulpins par m² se remarquent beaucoup plus que 1 ou 2 par m². »

Hivers moins rigoureux

Des suivis de levées de vulpin, réalisés durant les campagnes de 2021-2022 et de 2022-2023 dans des essais d’herbicides au nord de la Loire, montrent que le profil de ces émergences suit celui obtenu dans les années 1980-1990. Elles sont massives en automne et s’arrêtent à la mi-janvier. Une dernière levée peut apparaître en mars (10 % du total).

Mais ces observations montrent surtout des « levées très tardives, en décembre, qui n’avaient pas été recensées dans les travaux conduits il y a 30 ans », souligne Arvalis. En cause : des hivers moins rigoureux qui favorisent des levées beaucoup plus échelonnées qu’avant, dans des régions comme la Bourgogne, la Champagne ou encore le nord de la France.

Période de levée moins couverte

« Les dates d’application des herbicides évoluent peu, avec, en fonction des dates de semis, des applications de prélevée centrées sur le début d'octobre et de postlevées précoces réalisées de la fin d'octobre au début de novembre, précise l’institut technique. En tenant compte des persistances d’action des herbicides, de l’ordre de 15 à 25 jours, leur période de contrôle ne couvre pas celle de levée des vulpins. »

Ludovic Bonin est responsable du pôle qui étudie les flores adventices et la lutte contre la verse chez Arvalis. (©  Arvalis)

Ainsi, au-delà des levées printanières, des vulpins de fin d’année peuvent apparaître et faire leur cycle dans la culture. « Les observations de janvier peuvent même passer à côté de ces individus, au stade du filament. Si on ne se baisse pas, on ne voit rien », insiste Ludovic Bonin.

Faut-il alors renforcer les programmes d’automne à trois passages ou décaler les semis ? Pour affiner ses recommandations, Arvalis poursuit les suivis de levées durant cette campagne, dans des parcelles désherbées cette fois-ci, alors que les précédents suivis ont été réalisés dans des témoins non désherbés. « L’objectif est d’étudier l’interaction entre les levées et les programmes herbicides mis en place », indique le spécialiste.

Dans ces essais, tout scénario de résistance aux herbicides d’automne a été écarté.