« Il est faux de dire que les campagnes sont en déshérence, abandonnées ou encore à la traîne par rapport aux métropoles. Certes, il existe des difficultés dans les campagnes, mais les discours doivent être nuancés », a commenté à l’occasion du congrès des maires de France le sociologue et urbaniste, Éric Charmes, par ailleurs directeur de recherches à l’École nationale des travaux publics de l’État (ENTPE) de Vaulx-en-Velin.

Des campagnes en regain

Lors de l’avant-dernière journée du Congrès des maires de France qui se tient jusqu’au 18 novembre 2021 à Paris, l’auteur de La revanche des villages, publié en 2019, a souhaité faire une mise au point quant à la situation des communes en France.

Un quart des Français vivent dans une commune de moins de 2 000 habitants

Et de rappeler d’emblée que « toutes les villes ne se portent pas bien. Un certain nombre est en grandes difficultés. Avec des commerces qui ferment et une paupérisation de leur population pour certaines. Mais ce qui est intéressant, quand on regarde ces villes en difficulté, est que, bien souvent, les villages qui se situent autour se portent plutôt bien. Ils attirent les ménages de classe moyenne, voire, dans un certain nombre de cas, les commerces, les emplois et les ressources fiscales qui vont avec. En fait, ce que montre un certain nombre de travaux de géographie, c’est que beaucoup de villes petites ou moyennes en crise doivent, pour une part, leurs difficultés à la concurrence qu’exercent les campagnes alentour. »

Avec de plus en plus d’habitants

Le Covid a par ailleurs accentué un phénomène dont les origines remontent aux années 1960, à savoir un retour à la campagne pour de nombreux citadins. « Les spécialistes appellent ce phénomène la périurbanisation. Et si elle est souvent assimilée à l’étalement urbain, au pavillon, à la voiture… Ce n’est qu’une partie de la réalité. L’autre partie témoigne du souhait des ménages de venir vivre à la campagne. Ceux-là, bien souvent, continuent à se déplacer vers la ville voisine pour profiter de ses ressources, notamment en termes d’emploi », explique Éric Charmes. Ces déplacements qui posent déjà des problèmes sociaux, économiques et environnementaux, seront à l’avenir « l’un des chantiers majeurs à traiter par les collectivités ».

Des alliances fortes entre petites communes

« Nous assistons par ailleurs à la montée en puissance politique des villages », poursuit l’expert. Si des maires de petites communes ont perdu beaucoup de leurs moyens d’action « que les intercommunalités n’ont pas toujours compensés », leur situation doit être nuancée.

« Dans un certain nombre de cas, on a des villages, des petites communes qui font alliance au sein même, par exemple, d’une intercommunalité et qui arrivent ainsi à peser lourd. Et parfois, elles pèsent tellement lourd que ces intercommunalités sont présidées par le maire d’un village. » C’est le cas de Mulhouse Alsace agglomération tenue par Fabian Jordan, maire de Berrwiller qui compte 1 200 habitants, ou encore de la communauté d’agglomération du Puy-en-Velay chapeautée par le maire de Chaspuzac, Michel Joubert.

« Et dans un certain nombre d’autres cas, des petites communes ont pu former des intercommunalités XXL qui lorsqu’elles sont proches de ville, comme Loire Forez à côté de Saint-Etienne, pèsent lourd dans le jeu politique local. Des villages parviennent ainsi à avoir un poids politique fort, dès lors qu’ils s’allient avec d’autres. »

On doit faire gagner la ruralité !David Lisnard, président de l’Association des maires de France

Un rapport de force parfois inversé

« Les villes et campagnes sont devenues très largement interdépendantes, a conclu le sociologue. On ne peut plus les opposer comme on fait encore trop souvent. Cette interdépendance n’est pas nouvelle, mais elle n’est plus seulement économique, au sens de production de biens agricoles qu’on échange avec la ville. C’est une interdépendance qui intéresse le fonctionnement quotidien, avec des gens qui habitent à la campagne et travaillent en ville ou inversement. L’un des enjeux aujourd’hui est de travailler cette interdépendance en termes politiques. Il faut sortir des oppositions qui structurent aujourd’hui nos représentations, mais ce n’est pas facile. Il y a à travailler partout. »

Les campagnes ont un peu trop tendance à voir la ville comme prédatrice, captant toutes les ressources. Et les villes, surtout celles en difficulté, ont quant à elles « du mal à accepter encore aujourd’hui que les villages captent beaucoup de ressources et qu’il faut peut-être tendre la main parfois du côté du périphérique… Parce que les rapports de pouvoir se sont inversés, et que ça, ça n’est pas évident de l’accepter. »

« On doit faire gagner la ruralité ! », a souligné à cette occasion le fraîchement nommé président de l’Association des maires de France, David Lisnard, actuel maire de Cannes.

Un quart des Français vivent dans une commune de moins de 2 000 habitants.

Rosanne Aries