Dans quelle mesure les agricultures européennes pourraient-elles contribuer à la sécurité alimentaire mondiale à l’horizon 2050 ? C’est à cette question cruciale que l’étude Inrae « Agricultures européennes en 2050 », publiée le 14 février 2020, tente d’apporter une réponse.

Dans cette étude, des hypothèses d’évolution, à l’horizon 2050, des différentes composantes du système agricole et alimentaire ont été élaborées pour 21 régions du monde, dont 8 en Europe. Le travail effectué caractérise les incertitudes relatives à l’évolution des rendements végétaux à l’horizon 2050 sous l’effet conjoint du changement climatique et des évolutions techniques agricoles (sélection variétale, pratiques agricoles, etc.), ainsi que l’impact des changements alimentaires.

De +223 à -11 millions d’hectares

La projection médiane de l’ONU estime que la population atteindrait les 9,5 milliards d’habitants en 2050. Dans le cas d’une évolution tendancielle des régimes alimentaires — c’est-à-dire une stabilisation des apports caloriques individuels dans les régions développées et la poursuite des transitions alimentaires dans les régions en développement – le besoin total en surfaces cultivées dans le monde pourrait varier de +223 à -11 millions d’hectares, par rapport aux 1 540 millions d’hectares cultivés en 2010, selon que les rendements végétaux augmentent modérément ou plus fortement d’ici 2050. Le besoin en terres cultivables serait considérable en Afrique subsaharienne et en Inde. Les niveaux de rendements projetés en 2050 y sont plus faibles, et où les augmentations de la demande alimentaire seront les plus fortes.

Potentiellement -50 millions d’hectares en Europe

Une transition mondiale vers des régimes alimentaires plus « sains » entraînerait une réduction des apports caloriques totaux et de la consommation de viande dans les pays développés. Elle pourrait faire diminuer les besoins en terres cultivées dans les régions européennes. L’Inrae prévoit dans ce scénario -50 millions d’hectares par rapport à 2010. Cela pourrait aussi faire apparaître des marges de manœuvre pour le développement de stratégies d’usages agricoles des surfaces ainsi « libérées ». Cependant, les besoins en terres cultivées augmenteraient encore d’environ +50 à +70 millions d’hectares en Afrique subsaharienne où l’adoption de tels régimes correspond à une augmentation des apports caloriques totaux et de la consommation en produits animaux.

Un scénario qui permettrait de réduire les importations de soja

Dans les scénarios où l’Europe disposerait d’un « surplus de terres », cela lui permettrait de contribuer plus activement aux enjeux climatiques et à la sécurité alimentaire. Elle pourrait limiter sa dépendance aux importations de certains produits agricoles, comme les tourteaux de soja, en développant la culture d’oléoprotéagineux. Selon les scénarios envisagés, la production additionnelle de tourteaux de soja permise par l’usage de surplus de terres européennes représenterait de l’ordre de 4 à 44 millions de tonnes.

La réduction des importations européennes permise par cette production domestique équivaudrait à la préservation de 1 à 10 millions d’hectares de surface cultivés au Brésil Argentine, ce qui permettrait de préserver des milieux naturels et forestiers dans ces pays. Sous hypothèse de régimes « sains », une telle stratégie permettrait même à l’Europe de réduire à zéro sa dépendance aux importations de tourteaux de soja.

Une autre option pour ce « surplus de terres » s’inscrit dans la transition agroécologique, en profitant de ces superficies pour développer des systèmes de cultures moins consommateurs d’intrants de synthèse, en valorisant pleinement les légumineuses par exemple.

Renaud d’Hardivilliers