Parmi les syndicats agricoles, la FNSEA a été la première à réagir en fin de journée sur l’accord trouvé hier, le 21 octobre 2020, sur la future Pac. « Les 27 ministres de l’Agriculture et les parlementaires ont su conserver le caractère commun de la Pac en particulier à travers un écorégime obligatoire et l’application d’une conditionnalité des aides uniforme dans les États membres, s’est satisfait le syndicat majoritaire dans un communiqué de presse. Saluons le rôle déterminant de la France qui a su rassembler et convaincre sur un horizon commun pour la Pac. »

Où est « passé le “C” de la Pac » ?

Cette position tranche avec celle de la Coordination rurale relayée dans la foulée. Le syndicat présidé par Bernard Lannes s’est demandé où était passé le « C » de la Pac dans son communiqué diffusé le 21 octobre 2020. « Si le pourcentage d’écorégime est encore soumis à évolution, le principe des plans stratégiques nationaux (PSN) a été accepté. […] Même si les ministres européens s’en défendent, il s’agit bien d’une renationalisation qui expose les agriculteurs français à des distorsions de concurrence intra-européennes », estime la Coordination rurale.

La Confédération paysanne estime elle aussi que « cet accord s’éloigne du caractère commun de la Pac en faveur d’une logique bien plus individuelle », en renonçant un peu plus à la « régulation des marchés » au profit de « la course aux DPB (1) qui pousse à l’agrandissement. […] Cet accord n’engage pas de redistribution des aides, ajoute-t-elle. Pire, le plafonnement et le paiement redistributif deviennent facultatifs. […] » Dans son communiqué daté du 21 octobre, le syndicat se tourne maintenant vers le trilogue avec le Parlement européen pour faire évoluer le texte, estimant que « le débat part sur de très mauvaises bases ».

Et l’accompagnement de la transition ?

Les chambres d’agriculture attendent elles aussi le trilogue. Dans leur communiqué du 22 octobre, elles se disent satisfaites des conclusions du Conseil « sur l’accompagnement du processus de transition des systèmes agricoles dans le cadre de la stratégie “De la ferme à la table” ». Mais elles ne voient pas « les ambitions du Conseil sur les transitions agricoles [se concrétiser, NDLR] dans la réglementation de la future Pac. Les conclusions […] concernent essentiellement les nouvelles pratiques environnementales que devront mettre en place les agriculteurs pour accéder aux aides, sans évoquer la manière dont l’Europe et les États vont accompagner les producteurs vers la mise en place de ces nouvelles pratiques. »

Les organismes représentatifs des producteurs (Copa) et des coopératives agricoles (Cogeca) à l’échelle européenne estiment de leur côté que la Pac proposée par la Commission européenne est « un compromis qui peut permettre aux agriculteurs et aux coopératives d’avancer, d’investir dans leur production, et de devenir plus verts ». Ils attendent le vote final du Parlement pour pouvoir en tirer une analyse complète.

Quel signal pour les jeunes installés ?

Même si le président de Jeunes Agriculteurs, Samuel Vandaele, confie être encore dans l’analyse des mesures et attend de partager avec l’ensemble de son réseau, il s’est tout de même exprimé lors d’une conférence de presse le 22 octobre 2020. Le syndicat salue notamment le débat parlementaire autour les jeunes : « C’est un débat qui n’a pas eu lieu en commission, cela affiche un tournant vers les jeunes. C’est un signal important si l’on veut atteindre nos ambitions de souveraineté alimentaire et de transition agroécologique alors que plus d’un agriculteur sur deux a aujourd’hui plus de 50 ans ».

Quant au conseil des ministres, le président JA se veut plus réservé : « On a un petit regret, même si on a pu voir une mesure “investissement jeune” arriver, on n’a pas vu le budget en face. Est-ce que ces mesures vont être financées via des actions déjà orientées vers les jeunes ? »

Alessandra Gambarini, Alexis Marcotte et Éric Roussel

(1) droit au paiement de base.