Dans un document de travail rendu public par Mediapart et dont l’AFP a obtenu copie, le gouvernement français indique « les pistes » qu’il envisage « pour répondre aux préoccupations soulevées par le projet d’accord entre l’Union européenne et le Mercosur ».

Le veto français dans la balance

Le document liste des engagements qui seraient demandés à l’Argentine, au Brésil, au Paraguay et à l’Uruguay sur les deux principaux points d’achoppement, la déforestation et les normes sanitaires sur la viande importée, en échange d’une levée du veto français.

Une visioconférence du comité de suivi de la politique commerciale est prévue ce jeudi 4 février 2021 à Paris sur le sujet, autour du ministre chargé du Commerce extérieur, Franck Riester.

Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a réagi en soulignant dans un tweet que la France « s’oppose clairement au Mercosur ». « La France n’a pas changé de position » a ajouté une source au cabinet de Franck Riester.

Des contreparties « purement déclaratives »

La Fondation Nicolas Hulot juge les conditions exigées dans le document « purement déclaratives et non contraignantes ». « Les exigences additionnelles, en plus d’être très insuffisantes sur le fond, oublient des enjeux majeurs soulevés par cet accord : droits humains et respect des conventions internationales, impact sur les économies locales et déstabilisation des marchés agricoles », ajoute Maxime Combes, économiste du collectif Stop Ceta/Mercosur, pour qui la France « négocie son ralliement » à l’accord.

« Le gouvernement nous a fait passer avant la réunion de jeudi la liste des conditions à la ratification par la France de l’accord UE-Mercosur, alors qu’il avait affirmé publiquement son opposition + en l’état + à cet accord », a regretté pour sa part Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB).

« Une catastrophe » pour l’élevage à l’herbe français

« Pour les éleveurs français, qui sont les premiers producteurs de viande bovine en Europe grâce à un modèle d’élevage allaitant majoritairement à l’herbe, et qui souffrent déjà de revenus très bas, cet accord est une catastrophe, car il accepte l’importation en Europe de 99 000 tonnes de viande bovine du Mercosur à 7,5 % de droit de douane, avec des normes sanitaires de production interdites en Europe », a ajouté Bruno Dufayet.

Le 23 août 2019, le président français Emmanuel Macron, invoquant « un processus de déforestation industrialisé » dans la forêt amazonienne, avait accusé son homologue brésilien Jair Bolsonaro « de ne pas respecter ses engagements climatiques » et fait savoir que la France « s’opposait à l’accord Mercosur en l’état ».

« Il ne faut pas laisser passer cette “reddition” », a indiqué à l’AFP un responsable du monde de l’élevage, « sinon le “récit” du gouvernement va être que la France signera l’accord Mercosur tout en interdisant au Brésil de produire des viandes à faible garantie sanitaire et environnementale, ce qui est archifaux. »

L’eurodéputé français Manuel Bompard (gauche radicale) a mis en cause dans une déclaration publique la présidence européenne du Portugal qui a fait de la signature de cet accord commercial, une priorité. Un autre eurodéputé français, Pascal Canfin (Renew Europe), a souligné dans une tribune dans la presse portugaise qu’il n’existait pas de majorité au Parlement européen pour ratifier l’accord.

AFP