Les arrêtés départementaux autorisant la chasse pendant le confinement commencent à recevoir des bâtons dans les roues.

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L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) et la Ligue de protection des oiseaux (LPO) ont déposé des référés (procédure d’urgence) et des actions au fond devant les tribunaux administratifs de 23 départements :

  • Aisne,
  • Ardennes,
  • Aube,
  • Calvados,
  • Charente,
  • Corrèze,
  • Creuse,
  • Eure,
  • Indre-et-Loire,
  • Loire-Atlantique,
  • Lot-et-Garonne,
  • Lozère,
  • Maine-et-Loire,
  • Marne,
  • Mayenne,
  • Meurthe-et-Moselle,
  • Nord,
  • Haut-Rhin,
  • Haute-Saône,
  • Sarthe,
  • Seine-Maritime,
  • Haute-Vienne,
  • Territoire de Belfort.

Pour la durée du reconfinement, pendant lequel la chasse est interdite, le ministère de la Transition écologique a autorisé des prélèvements de sangliers et de cervidés et, exceptionnellement, d’autres espèces chassables qui pourraient provoquer des dégâts sur les cultures, mais uniquement à cette fin et sur demande de l’autorité administrative.

« Les ministres jouent le jeu »

La Fédération des chasseurs et certaines instances agricoles majoritaires (FNSEA, JA, APCA) ont souhaité que davantage de dérogations soient accordées. La Confédération paysanne se place sur la même longueur d’onde. La section des dégâts de gibier de la Coordination rurale s’est félicitée « de la célérité des préfets qui ont pris ces arrêtés » et a « salué la réaction rapide des ministres Barbara Pompili et Bérengère Abba ».

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Une demande plébiscitée par les agriculteurs exaspérés par les destructions dans les grandes cultures et prairies (30 000 hectares en 2019 sans compter les surfaces non déclarées !). Ainsi, les dégâts indemnisés ont grimpé à 46 millions d’euros en 2019, dont 85 % imputables aux sangliers, pour une facture globale de 77 millions d’euros en intégrant les frais d’estimation et les moyens de prévention.

« On permet la chasse de loisir »

Mais l’avocat de l’Aspas et de la LPO, Maître Mathieu Victoria, estime « qu’autoriser la chasse à la battue implique par nature des regroupements, interdits par les restrictions sanitaires ». Par ailleurs, il juge que les dérogations accordées dans certains départements concernaient trop d’espèces, citant des autorisations de chasse à la palombe, au mouflon ou au chamois. Selon l’avocat, même les espèces « classées nuisibles ne sont pas susceptibles de provoquer de nombreux dégâts à cette période de l’année, puisqu’il y a peu de cultures ».

« Sous couvert d’intérêt général, on permet aux chasseurs de s’adonner à la chasse de loisir », a-t-il estimé, citant l’exemple du département de l’Oise, où la préfecture a annoncé mercredi 18 novembre 2020 avoir interdit la chasse dans deux communes à la suite de violations des règles sanitaires par des chasseurs qui ont organisé le week-end dernier des repas collectifs.

Des « individus inconscients du danger sanitaire »

Une attitude condamnée fermement par la FNC dans un communiqué du 18 novembre 2020 : « La FNC soutient la Fédération des chasseurs de l’Oise dans sa décision de sanctionner lourdement ces individus inconscients du danger sanitaire qu’ils font courir aux autres, et de l’image déplorable qu’ils donnent des chasseurs français qui pratiquent de façon irréprochable la chasse dans la situation actuelle ».

Pour Willy Schraen, président de la FNC : « Je suis consterné par l’attitude irresponsable de certains chasseurs dans le cadre de leur mission de service public au mépris de toutes les règles sanitaires et gestes barrières. Je condamne avec la plus grande fermeté ce type de comportements. Notre crédibilité est en jeu. Je refuse que la bêtise de quelques-uns entache notre réputation et le bon déroulement de nos missions de service public. Elles seules nous permettent de déroger à ce confinement dans un cadre strict qu’il faut respecter. »

Aurore Coeuru et Éric Young, avec l’AFP