« Les États-généraux de l’alimentation ont mis à disposition des outils pour que l’éleveur soit commanditaire du prix. Il faut que la filière en amont s’en saisisse », décrète Guillaume Gauthier, représentant de Jeunes Agriculteurs (JA) à la FNB. « Jusqu’ici, nous n’avons pas trouvé une OP ayant actionné la démarche de proposition de contrats. Il faut que cela change. Nous ne pouvons pas demander à la grande distribution de mieux valoriser nos animaux si nous ne nous sommes pas organisés au préalable entre éleveurs », déplore Bruno Dufayet, président de la FNB.

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Un constat amer pour les éleveurs allaitants

La filière est en peine et les chiffres présentés par Jean-Christophe Roubin, directeur de l’agriculture du Crédit Agricole, l’illustrent : le revenu annuel moyen des éleveurs allaitants était de 13 800 € en 2018 et est prévu à la baisse de 20 % en 2019. Autre constat, « quand les prix payés aux producteurs, entre 1997 et 2019, ont évolué de 20 %, ses charges, quant à elles, ont augmenté de 57 % et le prix au consommateur, de 70 %. Il est évident que nous arrivons à créer de la valeur dans la filière, mais les chiffres mettent en lumière un vrai problème de répartition de valeur », explique Bruno Dufayet.

D’autres difficultés pèsent, avec un système de distribution très concentré et un acteur majoritaire dans le secteur de l’abattage et de la transformation. Face à cela, une solution s’impose pour les éleveurs : celle de se regrouper pour mieux défendre le prix qui doit leur revenir.

L’AOP comme solution pour aller de l’avant

« La mission première d’une OP est de se regrouper pour aller chercher de la valeur », rappelle le président de la FNB. L’association d’organisations de producteurs (AOP) apparaît ainsi, pour la FNB, comme étant la solution la plus simple à mettre en place et la plus fédératrice au sein de la filière.

« L’idée est de chapeauter les bases existantes et de s’accorder d’une seule voie », illustre Guillaume Gauthier. « Ce projet, à portée nationale, peut être un réel moyen de générer de la valeur et d’impulser une ère nouvelle dans le monde de l’élevage. L’AOP aura le mérite de mutualiser les moyens et de rééquilibrer les rapports de force », reprend le président de la FNB.

« Le collectif, c’est aussi les pouvoirs publics »

Bruno Dufayet, s’adressant directement au ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, demande, au nom des éleveurs, un soutien fort dans la prise de parole et une cohérence politique dans la prise de décision, faisant directement référence aux accords de libre-échange. « Nous vous demandons également de poursuivre le plan de filière jusqu’au bout », exprime le président de la FNB.

Le ministre de l’Agriculture exprime un soutien favorable au projet d’AOP et s’engage à organiser une réunion à ce sujet au ministère à l’issue du Salon de l’agriculture à Paris. « L’AOP permettra d’avoir une vision plus globale et de traiter la massification », dit-il. Didier Guillaume encourage également la mise en application du plan de filière et s’engage à continuer à travailler dans cette voie.

Incertitudes sur la future Pac

Cette table-ronde est également l’occasion de donner des éléments de réponse supplémentaires sur la future Pac, bien que le budget ne soit pas encore déterminé. « La proposition de budget de la Commission est de 5 à 10 % en deçà du précédent budget sur le premier pilier, et 15 à 25 % en dessous sur le deuxième pilier. Les négociations débutent, mais il est possible d’envisager un accord budgétaire dès le premier semestre de 2020, présente Dominique Fayel, membre du bureau de la FNSEA. Tout l’enjeu, actuellement, est de limiter la baisse. »

Les débats se poursuivent sur le besoin indispensable de maintenir l’aide couplée pour conserver des exploitations à taille humaine ou encore le besoin de renforcer le programme environnemental pour mieux l’adapter aux conditions climatiques de plus en plus imprévisibles. « La proposition de la Commission européenne, qui est de baisser de 15 % le budget de la Pac, est inacceptable. Nous allons maintenir les aides couplées et l’indemnité compensatoire des handicaps naturels (ICHN). Nous allons également devoir simplifier les mesures agroenvironnementales et aides pour l’agriculture biologique (MAEC), qui sont composées actuellement de 9 200 critères », expose Didier Guillaume.

Lucie Pouchard