Il était 21 heures, samedi dernier lorsque l’épouse de Guillaume Menut, à La Verdière dans le Var, a entendu du bruit venant de sa bergerie, située à 40 mètres de sa maison d’habitation. Elle s’est aussitôt précipitée avec son mari pour découvrir les 500 brebis avec leurs agneaux forçant les portes de la bergerie.

« J’ai d’abord pensé que j’avais mal enclenché le loquet », explique-t-il. Mais quand j’ai découvert que toutes les claies et les râteliers avaient été bouleversés à l’intérieur, j’ai compris que les loups pouvaient être en cause. D’autant que les patous n’étaient plus là. Nous les entendions aboyer en contrebas de la bergerie. Un des loups de la meute avait dû les attirer pendant que les autres passaient à l’acte à l’intérieur de la bergerie. ».

Pas de case bergerie sur le formulaire de déclaration

Finalement les exploitants dénombrent six mérinos allongés dans la bergerie. « Trois bêtes étaient encore vivantes, et nous avons dû en euthanasier deux », se désole Christian Menut, le père de Guillaume, appelé en renfort. Le lendemain matin, les services de l’État sont venus constater les dégâts.

La responsabilité du loup n’était pas écartée. « Le maire de la commune qui était présent à ce moment-là leur a demandé de prélever la meute », relate Guillaume. Un problème s’est posé lors de la déclaration. « Il faut préciser l’endroit où l’attaque a eu lieu. Il y a une case pour le parc ou le pré, mais pas pour la bergerie », ironise l’exploitant.

La meute n’en est pas à son coup d’essai. Depuis le mois de septembre, Guillaume avait pris l’habitude de rentrer le troupeau dans la bergerie à la suite d’une attaque. « La pression sur les troupeaux dans notre secteur est infernale, souligne Christian. Nous avons perdu plus de 300 têtes au total, sur nos deux exploitations depuis 2013. » L’une des attaques avaient été particulièrement meurtrière puisque Guillaume a perdu a perdu 100 brebis en une seule attaque. « Nous ramenions des remorques pleines de cadavres, se souvient Guillaume.

Un loup abattu

Au début de l’année 2019, deux lieutenants de louveterie étaient venus auprès du troupeau. Ils ont tué un loup de la meute en train d’attaquer le troupeau. Quelques instants auparavant, un des loups aguerri de la meute avait entraîné les patous à l’écart.

« Ce sont des stratèges très organisés, constate Guillaume. Le loup abattu pesait 28 kg, mais les louvetiers ont été impressionnés de la réaction du reste de la meute. Ils les ont entendus hurler dans le bois à proximité. Ils ont même distingué six voix différentes. »

Quelques jours auparavant, un piège photos avait filmé l’ensemble du groupe de prédateurs aux abords d’un trou d’eau. L’exploitant craint le pire pour les semaines qui viennent. Les animaux pâturent en collines. « Le travail des bergers est très compliqué avec les prédateurs qui rôdent sans arrêt autour du troupeau », confie-t-il.

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Droit de défense

Pour Claude Font, secrétaire général de la Fédération nationale ovine en charge de dossier de la prédation, « un nouveau cap vient d’être franchi avec cette attaque. Le loup n’a pas un comportement naturel et ne craint pas la présence de l’homme. »

Le syndicaliste a aussi demandé à l’État de prendre des mesures adéquates pour permettre aux éleveurs de protéger efficacement leurs troupeaux. « Nous demandons simplement le droit de défendre nos troupeaux en cas d’attaque. »

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M.-F. Malterre