« Jamais nos deux syndicats n’auraient accepté de telles injustices, ni un tel clientélisme. » La Confédération paysanne et le Modef ne mâchent pas leurs mots. Dans un communiqué publié ce jeudi 4 août 2022, les deux organisations syndicales estiment que le dispositif d’indemnisations présenté dans le plan d’action gouvernemental contre l’influenza aviaire est « injuste ».

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Éleveurs en zone indemnes « exclus »

La Confédération paysanne et le Modef pointent tout d’abord le dispositif « i3 » instauré cette année. Il vise à dédommager à hauteur de 50 % et sur 120 jours le manque à gagner lié au vide sanitaire. Il intervient en complément des indemnisations « i1 » et « i2 », déjà mises en place lors de l’épizootie de 2020-2021. Elles visent respectivement à couvrir lmortalité et l’abattage et à indemniser à 100 % les pertes liées au vide sanitaire sur 150 jours.

« Concerté avec les seules interprofessions, ce dispositif “i3” exclut les éleveuses et les éleveurs en zone indemne, en filières courte comme longue, qui n’ont pas pu remettre en place leur production faute d’approvisionnement et de disponibilité », pointent les deux syndicats.

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Un plan Adour « risqué »

Le grief est également porté sur le « plan Adour ». « Il impose un vide sanitaire du 15 décembre au 15 janvier dans 68 communes du Sud-Ouest, identifiées comme « très denses », en échange d’une indemnisation, non pas à 50 % mais à 100 % », expliquent la Confédération paysanne et le Modef.

Les élevages établis hors des communes identifiées « ne pourront donc pas bénéficier de cette indemnisation à 100 % », déplorent les deux syndicats. Ils estiment également qu’en instaurant un zonage communal sans limiter les transports entre les différents secteurs, « les nouvelles dispositions ministérielles n’empêcheront pas la diffusion du virus dans le Sud-Ouest. […] Le ministère, les interprofessions et les chambres prennent même le risque de délocaliser la production dans les autres communes. »

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« Double peine » pour le plein air en filière courte

La Confédération et le Modef constatent enfin que « rien n’est prévu pour indemniser les éleveurs et les éleveuses situés en zones très à risques, comme la Chalosse, qui ont fait le choix durant cette crise, en responsabilité, de décaler leur planning de production et de baisser leur densité. »

« C’est donc la double peine pour les éleveuses et les éleveurs de plein air en filière courte », tancent les deux syndicats. Ils soutiennent ainsi que le plan d’action gouvernemental et le nouveau dispositif d’indemnisation « concourent à la disparition de la production en filière courte et donc au démantèlement d’une partie de la production. »

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Vincent Guyot